— Oh ! mon ami, je m’explique maintenant la disparition de tes trois vaches !

— De mes vaches !… dit Casillas alarmé.

— Oui, tu sais, les dernières, les seules que nous n’eussions pas perdues au Monte. — Eh bien ! je le vois à présent, ce sont les maraudeurs indiens qui les ont volées.

En soutenant cette assertion avec une rare impudence, le sacristain m’aperçut, me salua, et reprit vivement :

— Quand je dis qu’elles sont perdues, tu vas voir… Dès que je sus qu’elles avaient disparu, je me mis à leur recherche. Les traces étaient faciles à suivre, car il y en avait une qui boitait. Tout à coup les traces disparaissent ; heureusement, à quelque distance de là, ta bonne étoile me les fait retrouver, mais déjà dépecées. C’est ainsi que tu les verras à la maison en cecina[14], comme ce cavalier a pu les voir, dit-il en me désignant.

[14] Viande découpée en lanières et séchée au soleil, ainsi que je l’ai dit en commençant.

— Mais les mouches ne les ont pas mangées, j’espère ? s’écria Casillas.

— Oh ! reprit le sacristain d’un air de dignité offensée.

— Parbleu ! dit Casillas d’un air de mauvaise humeur, je craignais qu’il n’en fût de mes vaches comme de cette partie de panocha[15] que tu avais achetée avec mon argent, et que les ravets[16] ont mangée pendant mon absence.

[15] Cassonade en petits pains dont on fait un grand commerce en Sonora.