— Eh bien ! seigneur alcade, il ne fallait rien moins que cette double nouvelle pour que vous fussiez ici le bienvenu parmi nous, soyez-le donc deux fois ! Barde, ajouta-t-il en se tournant vers le joueur de harpe, entonne un champ de guerre ; chante notre triomphe et les funérailles de nos ennemis. Et vous, Casillas, recevez mes remercîments pour l’exactitude de vos renseignements !
Casillas balbutia quelques excuses que le son de la harpe couvrit entièrement. Un coup frappé en dehors au volet de la salle fit tressaillir l’assemblée, et une voix aigre s’écria :
— Est-il vrai que mon ami Casillas soit déjà de retour ?
Je reconnus mon hôte le sacristain. C’était lui en effet ; il se précipita dans la salle, tandis que l’alcade s’esquivait sans bruit.
— Que vient-on de m’apprendre ? s’écria le sacristain en se jetant avec effusion dans les bras de Casillas. — Que tu arrives à l’instant ! mais qu’as-tu donc ? que signifient ces gouttes de sang que j’aperçois sur le collet de ta chemise ?
— Ce n’est rien, répondit Casillas en se dégageant vivement de l’étreinte de son ami.
— Mais si, parbleu ! c’est quelque chose ; on dirait un coup de couteau : serais-tu dangereusement blessé ?
— Ce n’est rien, te dis-je, reprit Casillas en remontant sa cravate ; c’est une épine qui m’a déchiré le cou.
Et il me sembla entendre sa voix et voir sa main trembler. — Tu sais, dit-il au sacristain, que les Hiaquis sont à nos portes ?
Le sacristain eut, à cette nouvelle, l’air d’un homme qui trouve le mot d’une énigme longtemps cherchée, et s’écria :