Ce nom de Casillas m’avait frappé ; c’était celui de l’ami du sacristain, je l’examinai avec attention. Ce jeune homme devait avoir de vingt-cinq à vingt-six ans ; sa figure était intéressante. La pâleur de son front chargé d’une magnifique chevelure faisait ressortir de grands yeux noirs surmontés de sourcils bien arqués. Après avoir rendu compte de sa mission, il reprit l’expression de mélancolie qui paraissait caractériser habituellement sa physionomie.
Un nouveau personnage se présenta sur le seuil ; il portait à la main une canne de jonc à poignée d’or sur laquelle il s’appuyait. Quoiqu’il affectât un air d’importance, il était facile de deviner qu’il éprouvait un certain malaise à se mêler à la réunion sans y être invité. Par contre aussi, quelques-uns des aventuriers assis à la table dissimulèrent de leur mieux une appréhension également visible sous un masque de dignité d’emprunt. Ochoa seul garda sa contenance assurée.
— Eh ! que nous veut ici le seigneur alcade ? s’écria-t-il en toisant des pieds à la tête le nouvel arrivant avec un orgueilleux dédain.
— J’apporte de mauvaises nouvelles, messieurs, dit l’alcade ; j’apprends que les Hiaquis marchent contre le Rancho[13], que leurs bataillons couvrent la plaine et que leurs feux s’étendent jusqu’au Cerro del Huerfano, et je viens essayer de prendre avec vous les mesures nécessaires à la sûreté de Guaymas.
[13] Le Rancho de San-José de Guaymas, petit village à quatre kilomètres de Guaymas.
— Et vous venez probablement nous offrir le bras de vos recors ! s’écria Ochoa. L’autorité militaire que je représente ici, ajouta-t-il en se levant avec impétuosité, n’a ni conseils ni ordres à recevoir de l’autorité civile ; faut-il donc vous rappeler nos fueros ?
La verge de justice représentée par la canne à pomme d’or s’inclina devant la rapière militaire. L’alcade se tut.
— Est-ce tout ce que vous aviez à nous dire, seigneur alcade ?
— J’ai encore une autre nouvelle, mais elle n’intéresse que vous, messieurs : deux régiments arrivent, dit-on, d’Arispe ; c’est le gouverneur général qui les envoie.
Les yeux d’Ochoa s’animèrent d’un enthousiasme guerrier, et il s’écria :