Et Cayetano, piquant des deux, s’éloigna de toute la vitesse de son cheval.
— Pense-t-il donc, demandai-je à don Urbano quand notre guide eut disparu, que j’aie besoin de ses services politiques pour vous faire concurrence dans votre élection, ou que j’aie recours à lui pour avoir des œufs de caïman, comme le Chinois mon hôte ?
— Non, me répondit le sénateur ; mais, si vous aviez quelques lingots d’argent à embarquer sans permis de douane, Cayetano s’en chargera.
— Il fait donc aussi la contrebande ?
— Chut ! dit le sénateur en riant, ne prononcez pas ce mot devant un des membres du congrès souverain ; j’ai voté des lois répressives à cet égard. Il fait, comme vous dites, la contrebande, et d’une façon fort originale parfois.
— Je serais curieux de savoir, continuai-je, maintenant qu’il est loin, pour quel motif il ne peut entendre le retentissement du Cerro sans éprouver ce frémissement nerveux qui faisait trembler sa main avant-hier soir.
Don Urbano, mis ainsi en demeure de s’expliquer, voulut faire le mystérieux.
— Je n’aurais à vous apprendre, me dit-il, sur Cayetano en particulier que des choses fort vagues ; d’ailleurs, il est certains secrets qu’il est dangereux de connaître.
— Vous piquez étrangement ma curiosité ; mais, puisque vous paraissez décidé à ne me rien dire, peut-être Cayetano sera-t-il plus explicite.
Le sénateur secoua la tête en homme sûr de son fait.