Arrivés au bord du talus qui dominait l’endroit où nous étions assis, les deux inconnus restèrent un instant immobiles.
— Voilà qui nous prouve, dit l’homme à la veste de cuir, en se tournant vers son camarade, que nous sommes plus loin que vous ne pensiez de ceux que nous cherchons, car ces cavaliers ne seraient pas si tranquilles ici.
— C’est ce que nous verrons quand il fera jour, dit l’autre avec un accent étranger ; mais je soutiens toujours que nous ne devons pas être loin d’eux.
— De qui parlez-vous ? leur demandai-je.
— D’un parti de maraudeurs indiens que nous poursuivons depuis plusieurs jours, reprit l’individu à veste de cuir, et dont nous avons perdu la trace ce soir dans l’obscurité. Nous avons aperçu votre bivouac en la cherchant, et, si vous voulez bien le permettre, nous nous reposerons quelques heures en votre compagnie, seigneur cavalier.
En achevant ces mots, il déposa par terre, avec un soupir de soulagement, la selle qui chargeait ses épaules.
— Volontiers, lui répondis-je enchanté de ce renfort inespéré, et voici quelqu’un qui vous donnera des renseignements à l’égard des Indiens, ajoutai-je en montrant Anastasio.
Les deux individus s’assirent sans façon à la mode du désert.
— Ah ! les chiens ! m’ont-ils fait boucaner[28] !
[28] En français-canadien, boucane veut dire pipe ; boucaner, fumer, dans le sens figuré qu’on attache trivialement à ce mot.