— Eh bien ! dis-je au gambusino, ceux de Nacome veulent-ils décidément venir nous attaquer ?

Le gambusino secoua la tête. Son visage était soucieux et pâle ; une terreur dont il ne se rendait pas compte semblait le dominer malgré lui.

— Non, non, me répondit-il ; les laveurs de Nacome n’auraient pas allumé ce flambeau infernal pour nous attaquer. Un voyageur ne peut non plus avoir mis le feu à cet arbre, car, si des raisons inconnues l’eussent forcé à bivouaquer là-haut, la prudence lui eût également commandé de ne pas se trahir. Pourvu que ce ne soit point…

Il n’acheva pas, mais le signe de croix qu’il fit dévotement compléta sa pensée. Puis il reprit :

— Ne croyez-vous pas, seigneur étranger, que si Satan règne par la puissance de l’or, une terre qui en produit tant doit être plus qu’une autre soumise au prince des ténèbres ?

Le spectacle qui s’offrait à nous était réellement empreint d’un caractère diabolique propre à éveiller des idées superstitieuses, et, l’avouerai-je ? je manquai d’arguments pour rassurer Pedro.

— Ave Maria ! s’écria Anastasio ; n’as-tu pas entendu des gémissements semblables à ceux de notre père expirant dans la nuit fatale où nous l’avons perdu ? Ah ! le gambuseo est un affreux métier ! Écoutons.

Nous fîmes silence, mais nous n’entendîmes que le sifflement de la flamme, le craquement du bois qui éclatait au milieu du feu, la respiration oppressée du blessé.

— Fais comme moi, Pedro, continua Anastasio, renonce à ton métier ; tôt ou tard tu en seras victime.

— Jamais je n’y renoncerai ! s’écria le gambusino, qui parut avoir pris une détermination bien arrêtée, et engagea son frère à sortir avec lui pour éclaircir leurs doutes.