Je n’avais pas oublié le chasseur canadien, et je m’informai de ce qu’il était devenu.

— Vous le verrez tout à l’heure, dit Bermudes ; il est occupé à terminer quelques dispositions relatives à notre réunion de ce soir.

Le soleil couchant illuminait les profondeurs de la forêt quand le coureur des bois vint nous rejoindre. Le géant canadien tenait d’une main sa carabine, de l’autre il traînait en laisse un petit poulain qui boitait pitoyablement et regimbait de toutes ses forces.

— Eh bien ! Dupont (ce ne fut pas sans peine que je reconnus ce nom français singulièrement défiguré par la prononciation mexicaine), a-t-on disposé les feux autour de la Noria ? demanda Bermudes.

Le Canadien répondit affirmativement, et, après avoir attaché le poulain par une longue et forte corde au tronc du cèdre qui s’inclinait sur la source, il vint s’étendre sur la mousse, près de nous. Quant à moi, je commençais à ne plus rien comprendre à ce poulain et à ces feux allumés contre l’usage autour de la Noria. Je voulus connaître l’objet de ces préparatifs : Matasiete me répondit que c’était pour écarter les bêtes féroces. J’insistai pour avoir une réponse plus précise ; le chasseur se mit à rire.

— Eh quoi ! n’avez-vous pas deviné ? me dit-il.

— Non.

— Eh ! caramba ! vous êtes avec nous à l’affût du tigre qui donne le cauchemar à l’honoré seigneur don Ramon !

— A l’affût d’un tigre ! m’écriai-je ; vous voulez rire à mes dépens ?

— Non certes, et je vais vous prouver que tout cela est très-sérieux.