»On le croit par moments. Quelque chose nous dit que ces rêves ne sont pas des rêves, mais des échappées du vrai monde, des lumières entrevues derrière le brouillard d'ici-bas, des promesses certaines, et que le prétendu réel serait plutôt le mauvais songe.»

La religion de Michelet, on le voit, est toute de sentiment et s'adresse plus au cœur qu'à la raison. Comment s'expliquer alors ses jugements si sévères sur le christianisme dans ses derniers ouvrages, l'espèce d'aversion qu'il finit par manifester contre la religion qui enseigne que «Dieu est amour», et contre celui «qui a tant aimé les hommes qu'il est mort pour eux?» Dans ses premiers livres pourtant il avait parlé du christianisme avec une sympathie émue et respectueuse, presque avec le regret de ne pas croire. Ici, comme toujours, c'est à son cœur qu'il faut demander l'explication des fluctuations de son esprit. Tout d'abord, il faut se rendre compte du point de vue spécial auquel il a considéré le christianisme. Élevé dans le catholicisme, vivant en pays catholique, Michelet n'a songé au christianisme que sous la forme du catholicisme. Il voyait toujours l'Évangile à travers l'Imitation de Jésus-Christ et quand il a écrit dans la Bible de l'Humanité des pages sur le Christ où il rapetisse si visiblement son caractère et son œuvre, ce n'est pas le Christ de l'Évangile qu'il a devant les yeux, mais je ne sais quel Christ monastique, entrevu dans une miniature de missel ou sur un vitrail d'église. Quand il commença son Histoire de France, les tendances cléricales de la Restauration semblaient à jamais vaincues et inoffensives; on ne pensait pas que l'admiration pour le moyen âge pût servir de prétexte à un retour vers les institutions ou les idées du passé. Michelet, sans partager les croyances catholiques[77], admira le rôle bienfaisant de l'Église, la grandeur de son développement historique pendant les premiers siècles du moyen âge, et se laissa aller sans arrière-pensée à la juste sympathie que lui inspirait «cette mère du monde moderne». La vie de l'Église se confondait pour lui avec la vie même de la patrie, et la renier c'eût été en quelque sorte renier la France. Non seulement il écrivait sur l'architecture gothique, sur la sainteté du célibat ecclésiastique, sur la piété du roi Robert et de saint Louis, des pages d'une beauté incomparable, mais il éprouvait pour l'Église des sentiments d'une affection toute filiale: il n'osait toucher «aux plaies d'une Église où il était né et qui lui était encore chère… Toucher au christianisme! ceux-là seuls n'hésiteraient point qui ne le connaissent pas. Pour moi, je me rappelle les nuits où je veillais une mère malade; elle souffrait d'être immobile, elle demandait qu'on l'aidât à changer de place et voulait se retourner. Les mains filiales hésitaient; comment remuer ses membres endoloris[78]?» Il se laissait même aller en contemplant les grandeurs du passé à de poétiques regrets. Après avoir cité les paroles de saint Louis à son fils, il ajoute: «Cette pureté, cette douceur d'âme, cette élévation merveilleuse où le moyen âge porta ses héros, qui nous la rendra?» Mais à mesure qu'il avançait dans l'histoire, il voyait l'Église se dégrader, se corrompre, et, après avoir été la gardienne et l'apôtre de la civilisation, se faire l'ennemie de tout progrès et de toute liberté. Son cœur embrassa la cause des persécutés, des victimes de l'Église, avec la même sympathie qu'il avait embrassé la cause de l'Église elle-même. En même temps l'esprit clérical renaissant s'efforçait de ramener la société, moderne non plus seulement à l'admiration, mais à l'imitation du moyen âge. Michelet dut prendre parti dans la lutte, et, pour la défense des idées modernes, rompre avec ses habitudes de respect envers l'Église, quelque profondément enracinées qu'elles fussent dans son cœur. «Le moyen âge, dit-il dans le Peuple, où j'ai passé ma vie, dont j'ai reproduit dans mes histoires la touchante, l'impuissante aspiration, j'ai dû lui dire: Arrière! aujourd'hui que des mains impures l'arrachent de sa tombe et mettent cette pierre devant nous pour nous faire choir dans la voie de l'avenir[79].»

Jusqu'alors il s'était interdit, par piété filiale, de juger l'Église; à mesure qu'il étudia le catholicisme dans son action, dans ses doctrines, son cœur s'en éloigna de plus en plus. Il ne l'attaqua pas au nom de la raison comme illogique, il le réprouva au nom du sentiment comme injuste. La doctrine chrétienne se résuma à ses yeux dans l'opposition de la justice et de la grâce[80], opposition que son cœur ne pouvait admettre; car la justice sans amour n'est plus qu'une légalité sauvage et impitoyable, et l'amour sans justice un caprice immoral. Il s'émut, s'indigna en voyant la dureté de l'Église pour la femme qu'elle regarde comme un être impur, cause de tentation et de chute; sa dureté pour l'enfant, qu'elle damne, s'il meurt sans baptême; sa dureté pour l'animal à qui elle refuse une âme et en qui elle incarne les démons; sa dureté pour la nature entière, qui représente le mal et le péché. Il regarde le célibat des prêtres comme un attentat contre la vie, la doctrine du péché originel comme un blasphème contre l'enfance, la distinction des élus et des damnés, du ciel et de l'enfer, comme une injure à la bonté de Dieu. L'amour divin enseigné par l'Évangile ne lui apparaissait que défiguré par les mièvreries de la dévotion et par l'orgueil de la théocratie; il ne le trouvait ni assez large ni assez ardent pour satisfaire son cœur. Comment la Bible juive et chrétienne, issue d'un seul peuple, pourrait-elle répondre aux besoins de l'humanité? Il lui fallait une Bible plus vaste, où toutes les nations auraient mis le meilleur de leur âme et de leur histoire. C'est de cette Bible de l'humanité que Michelet ébaucha le plan grandiose.

«Jérusalem ne peut rester, comme aux anciennes cartes, juste au point du milieu, immense entre l'Europe imperceptible et la petite Asie, effaçant tout le genre humain… Revenant des ombrages immenses de l'Inde et du Râmayana, revenant de l'Arbre de vie, où l'Avesta, le Shah Nameh, me donnaient quatre fleuves, les eaux du paradis,—ici j'avoue, j'ai soif. J'apprécie le désert, j'apprécie Nazareth, les petits lacs de Galilée. Mais franchement, j'ai soif… Je les boirais d'un seul coup.—Laissez plutôt, laissez que l'humanité libre aille partout! Qu'elle boive où burent ses premiers pères! Avec ses énormes travaux, sa tâche étendue en tous sens, ses besoins de Titan, il lui faut beaucoup d'air, beaucoup d'eau et beaucoup de ciel,—non, le ciel tout entier,—l'espace et la lumière, l'infini d'horizon,—la terre pour terre promise, et le monde pour Jérusalem[81].»

Si l'on demandait maintenant qu'elle a été la qualité dominante, la faculté maîtresse de Michelet, je dirais donc que c'était la puissance et le besoin d'aimer. Si sa pensée a quelque chose de saccadé, de fiévreux, c'est qu'on y sent les battements d'un cœur toujours ému. Son imagination même est gouvernée par son cœur et n'est qu'une des formes de sa puissance de sympathie. S'il anime toute la nature, s'il ressuscite les personnages qui ne sont plus, c'est que son cœur ne reste jamais étranger à ce qui occupe son esprit. Il prend parti dans les luttes des éléments comme dans celle des hommes; il aime ou il hait; il raconte les événements passés depuis des siècles comme le ferait un contemporain passionné, et il décrit l'existence des animaux ou des plantes comme s'il avait vécu de leur vie, joui de leur bien-être et souffert de leurs souffrances. Il s'adresse à la sensibilité plus qu'aux sens; son style est encore plus ému qu'il n'est imagé. Il ne frappe pas notre esprit, comme d'autres grands poètes, comme Victor Hugo par exemple, par des couleurs et par des sons, mais par le mouvement, les sentiments et la vie dont il anime tout ce dont il parle. La forme n'est pour lui que l'expression de l'âme. L'imagination de Victor Hugo s'éprend des apparences extérieures des choses et trouve pour les peindre des ressources infinies de mots et d'images; elle est pittoresque, coloriste, matérialiste pour ainsi dire. L'imagination de Michelet cherche l'essence intime des choses, leur sens caché: elle est mystique et presque métaphysique parfois. Hugo matérialise l'âme, Michelet spiritualise la matière. On pourrait tirer de leurs œuvres des séries parallèles de comparaisons, où Michelet prête des sentiments et des pensées aux objets matériels, auxquels Victor Hugo compare des choses toutes spirituelles. Tout le monde connaît les beaux vers où Victor Hugo compare son âme à une cloche que des mains profanes ont marquée en tous sens d'inscriptions banales ou grossières, mais sur laquelle le nom de Dieu demeure ineffaçable. Voyez au contraire dans Michelet la page sur la cloche de l'église, mêlée à tous les événements domestiques, y prenant part, émue, vibrant de joie, de deuil. «Elle est de la famille[82].» On pourrait citer un grand nombre d'exemples semblables. Pour Hugo, les sentiments ont des formes, des sons, des couleurs; il parle de l'âme comme si l'on pouvait la toucher et la voir. Pour Michelet, la forme, les couleurs, les sons ne sont que les expressions de certains sentiments, de certaines pensées, les manifestations d'une âme cachée. Il voit les objets inanimés, il en parle comme s'ils étaient des êtres vivants. S'il raconte un naufrage, il nous montre le navire «assommé, éreinté», gisant sur la grève «comme un corps mort». Le flux et le reflux de la marée, c'est «le pouls de l'Océan», dont les eaux répandent la vie sur le globe comme le sang dans le corps humain. Les phares sont des gardiens dévoués, des, veilleurs infatigables, des portiers des mers; parfois des martyrs, quand, battus de la tempête, ils souffrent de ses coups redoublés. Les lents soulèvements des montagnes sont l'aspiration de la terre vers le soleil, «cet amant adoré»; mais les montagnes aujourd'hui se dégradent lentement, par le déboisement des forêts: «Les arbres souffrent de cette dégradation. Le pied dans les tourbières, le tronc surchargé de mousse, les bras drapés tristement de lichens qui les dominent et les étouffent, ils n'expriment que trop bien l'idée qui me suivait depuis ma lecture de Candolle: «La vulgarité prévaudra[83].» Partout, en effet, la plaine gagne sur la montagne, elle lui fait la guerre, «et elle marche vers elle pour la raser[84].»

On a souvent parlé, à propos de Michelet, de caprices, de fantaisie, d'imagination désordonnée errant à l'aventure à travers la nature et l'histoire, saisissant vivement telle ou telle chose au passage et comme par hasard, sans se faire de règle, ni se proposer de but. Rien n'est plus inexact. Jamais homme n'a mieux su le but où il tendait, ni dépensé à ses œuvres une plus grande intensité d'application, un plus grand effort de volonté. Une vague sensibilité errant au hasard dans l'espace n'aurait jamais eu cette puissance créatrice. Chaque chose, chaque être que l'imagination de Michelet vivifie ou ressuscite a été pour lui l'objet d'une contemplation passionnée et exclusive; il a mis à cette contemplation toute l'énergie de désir et de sympathie qui était en lui; si bien qu'il arrive à s'identifier, à se confondre avec l'objet qu'il contemple, par une de ces illusions, par un de ces miracles que l'amour seul peut produire. Comme chez la religieuse extatique qui à force de penser au Christ finit par le voir et l'entendre, la pensée en lui se changeait en vision. On peut l'appeler un halluciné, mais non un rêveur; il apportait au travail une force de volonté, une énergie extraordinaires. Rien ne pouvait le distraire de l'objet de son étude. Jamais il ne lisait un livre, ne se préoccupait d'une chose, étrangers à son travail du moment. Il s'absorbait dans son sujet, il ne voyait que lui. Il acquérait ainsi une intensité prodigieuse de pensée et comme un don de seconde vue. À l'époque de la maturité de son talent, entre 1830 et 1840, il ne vivait que dans ses ouvrages, il leur donnait tout ce que son esprit et son cœur avaient de chaleur et d'énergie, à ce point qu'il semblait indifférent au monde, aux hommes, aux personnes même qui lui tenaient de plus près, et qu'il pouvait passer dans la vie ordinaire pour froid et insensible. Les douleurs, les humiliations de son enfance l'avaient tout refoulé en lui-même; ce n'est que plus tard, après ses cours du Collège de France et surtout à l'époque de l'Oiseau, que son cœur révéla tout ce qu'il contenait de bonté.

La vie qu'il avait menée dans son enfance, l'éducation qu'il avait reçue, avaient favorisé ce développement excessif de l'imagination. On dit parfois que pour développer l'imagination il faut la nourrir, l'enrichir; c'est le contraire qui est vrai, il faut l'appauvrir et l'affamer. Elle est le résultat d'une exaltation de l'esprit à qui la simple réalité des choses ne suffit pas, et qui supplée à son indigence en la revêtant de couleurs ou de formes créées par lui-même, en en exagérant les proportions, en réunissant selon sa fantaisie en combinaisons nouvelles ce que la nature a séparé; en un mot, en créant ce qu'il désire à force de passion et de volonté. Ce désir intense ne peut naître que dans les esprits mal satisfaits des aliments qui leur sont donnés. Si l'instruction et la vie ne fournissent pas au cerveau d'un enfant bien doué une occupation suffisante pour dépenser ses forces, il les dépensera par l'imagination. S'il ne voit pas le monde extérieur, s'il ne reçoit pas par l'instruction la nourriture intellectuelle dont il a besoin, il créera pour lui-même un monde. L'imagination la plus puissante que la littérature nous fasse connaître est peut-être celle de Bunyan, qui a su, dans son Voyage du pèlerin, donner à des allégories et à des symboles plus de réalité que n'en a aucun personnage de roman ou d'histoire. C'était un homme sans instruction, un chaudronnier qui n'avait jamais lu que la Bible et qui était enfermé en prison. Michelet a passé son enfance dans une espèce de prison, dans la salle basse et sombre où il faisait son travail de compositeur d'imprimerie. Il n'avait pu nourrir son esprit que de deux ou trois livres, une mythologie, Virgile, l'Imitation de Jésus-Christ. Son imagination prit des ailes: il créa. Une phrase, un mot, prirent pour lui une valeur extraordinaire; il y trouva des richesses infinies, des sens profonds, des beautés inconnues. C'était l'intensité de son désir qui créait ces beautés, par une illusion semblable à celle de l'amour: l'homme affamé trouve savoureux tous les aliments, même les plus insipides.

Michelet garda toute sa vie les habitudes d'esprit contractées dans son enfance. Il ne put jamais regarder qu'un petit nombre de points, d'objets à la fois; mais son imagination s'en emparait avec une force inouïe et finissait par y voir un monde. «Il me suffit d'un seul texte, disait-il, là où il en faudrait vingt à d'autres.» Loin de chercher à surexciter son imagination par la vue des objets extérieurs, par une vie agitée, c'est par le recueillement, le silence, l'isolement, la concentration sur lui-même qu'il lui conserva toute sa puissance.

Jamais vie ne fut mieux réglée que la sienne. Il était au travail dès six heures du matin et il restait enfermé jusqu'à midi ou une heure, sans permettre qu'on vînt le déranger ou le distraire. Même pendant ses voyages, pendant ses séjours au bord de la mer ou en Suisse, il ne souffrait pas que rien fût retranché à ses heures de travail. L'après-midi était consacrée à la promenade et à l'amitié. Tous les jours on pouvait venir le voir de quatre à six heures. Il ne travaillait jamais la nuit, et sauf en quelques rares occasions, se retirait pour dormir vers dix heures ou dix heures et demie du soir. D'une extrême sobriété, ne prenant d'autre excitant que le café, qu'il aimait avec passion, ayant le tabac en horreur, il n'acceptait ni dîners ni soirées hors de chez lui. Ces distractions eussent dérangé l'unité de sa vie et de ses pensées. Pour que son esprit eût toute sa liberté, il fallait que rien ne changeât dans les objets qui l'entouraient. Ils étaient pour lui comme une partie de lui-même. Jamais il ne souffrit que le drap qui recouvrait sa table à écrire fût changé, ni que les vieux cartons sales et déchirés où il renfermait ses papiers fussent renouvelés. Son caractère était aussi calme et paisible que sa vie était régulière. Son abord était simple et affable; sa conversation, mélange exquis d'esprit et de poésie, ne dégénérait jamais en monologue, et, sans avoir rien de guindé ni de solennel, maintenait sans effort l'esprit des interlocuteurs dans des régions élevées. Ses manières avaient gardé les traditions de politesse de l'ancienne France; sans y mettre de recherche, il montrait les mêmes égards à tous ceux qui l'approchaient, quel que fût leur rang ou leur âge; cette politesse n'avait rien de banal, car on y sentait une réelle bienveillance. Sa mise était toujours irréprochable. Je le vois encore assis dans son fauteuil, à sa réception du soir, la taille serrée dans une redingote sur laquelle on n'aurait pu trouver une tache ni un grain de poussière; ses pantalons à sous-pieds bien tirés sur ses souliers vernis, tenant un mouchoir blanc dans la main, qu'il avait délicate, nerveuse et soignée comme celle d'une femme, et la tête encadrée dans ses cheveux blancs, longs, légers et soyeux. Les heures s'écoulaient vite à l'entendre! Il y avait dans ses paroles tant de profondeur et tant de fantaisie, tant de joyeuse sérénité et tant de sympathique bonté, de l'esprit sans malice et de la poésie sans déclamation! Sa conversation était ailée; les idées jaillissaient comme des flèches vives, dardées d'un trait; ou bien il les laissait s'envoler une à une, d'un vol inégal et capricieux, comme des oiseaux, mais sans les suivre ni les rappeler. Il n'insistait jamais, ne développait pas. Il était un causeur incomparable, et l'on sentait en lui, sans qu'il cherchât à le faire sentir, ce je ne sais quoi de divin qui fait l'homme de génie.

Ce qui donnait à ce génie la grâce, c'est qu'il y joignait la modestie. Il savait écouter, il se laissait contredire, il demandait avis. Même devant des hommes plus jeunes que lui et dont le talent n'était pas égal au sien, il émettait souvent ses idées avec réserve, les questionnant, s'informant de leur opinion. Ce n'est pas qu'il feignît d'ignorer ce qu'il valait. Il a dit de son histoire «mon monument»; et quand il attaquait l'usage du tabac, en montrant que tous les esprits créateurs du siècle, Hugo, Lamartine, Guizot, n'ont jamais fumé, il y ajoutait son propre exemple. Mais il n'exagérait point son mérite, n'occupait pas le public de sa personne, et surtout avait la sagesse de ne pas se croire appelé à jouer tous les rôles et à déployer tous les talents. On eut beau le supplier d'entrer dans la vie politique, il repoussa toutes les avances qui lui furent faites. Après le 2 Décembre, il perdit ses places et fut presque réduit à la pauvreté parce qu'il refusa le serment; mais il ne fit pas tapage de son désintéressement et ne chercha point à se faire un piédestal des malheurs publics. Passionnément épris pour ses œuvres tout le temps qu'il les composait, il les abandonnait presque et devenait indifférent à leur sort quand elles étaient terminées. Non seulement il méprisait la réclame, mais il était presque insouciant de l'éloge ou du blâme. Il ne sollicitait pas d'articles, et les critiques les plus vives n'excitaient chez lui que le sourire, pourvu qu'elles fussent tournées avec esprit.