Des genres les plus fous des tons les plus divers,

Mais tous égaux en grâce en le bel Art des Vers.

La joyeuse chanson n'est pas encore morte.

Voici venir Salis et sa noble cohorte!

Pour faire suite à cette annonce pleine d'alléchantes promesses, un programme a été rédigé, lequel renferme, après une parade de quelques lignes, l'énumération complète de tout le répertoire d'ombres, imposant par le nombre autant que par la qualité, dont nous réservons aux provinces l'extraordinaire déballage. Voici d'abord les pièces de moindre importance dont le commentaire est confié à l'heureuse initiative et à l'inépuisable faconde de Rodolphe Salis lui-même: Le Déluge, pièce antidiluvienne de M. le Préfet; L'Age d'or, poème en un acte de A. Willette; Pierrot peintre, pantomime en 7 tableaux de Louis Morin; La divine, Aventure de Cléo de Mérode, poème belge de Steinlen et Fernand Fau; Plaisirs d'amour, étude cruelle de G. Delaw; La nuit des Temps, drame historique en 25 tableaux de Robida, enfin L'Epopée de Napoléon, grande pièce militaire en 2 actes et 40 tableaux par Caran d'Ache; il me semble que voilà une assez aimable collection. Eh! bien, j'ai gardé pour la bonne bouche les pièces dont le poème et la musique écrits par des auteurs renommés seront religieusement interprétés et fidèlement déclamés chaque soir au cours de nos pérégrinations, à savoir: Le Sphinx, poème et musique de Georges Fragerolle, dessins de Vignola; Les Clairs de Lune, poème et musique du même, dessins de H. Rivière; Le Rêve de Joël, poème et musique de Fragerolle, dessins de Métivet; La marche à l'Étoile, poème et musique de G. Fragerolle, dessins de H. Rivière; L'Honnête Gendarme, farce de Jean Richepin, dessins de L. Morin; l'Enfant prodigue, parabole en 18 tableaux de G. Fragerolle, dessins de Rivière; et Phryné et Ailleurs, deux chefs-d'œuvre de l'exquis poète Donnay, mis en ombres par H. Rivière. Bien entendu, notre spectacle de chaque soir ne comportera en outre des intermèdes abondants et variés que quatre ou cinq pièces choisies parmi le richissime répertoire que je vous viens d'énumérer.

Au verso du programme sur lequel s'étalent pompeusement ces merveilles, Salis s'est plu à rédiger, avec l'aide de quelques amis au nombre desquels je soupçonne vaguement Alphonse Allais, Gondezki, Edmond Deschaumes, et Dominique Bonnaud, des biographies fantaisistes de ses camarades de tournée.

Vous les trouverez ci-jointes et vous verrez de quelle folie verveuse elles sont empreintes; je ne crois pas que le genre de littérature qui fleurit depuis quelque temps et qu'on dénomme familièrement le genre loufoque ait jamais atteint des sommets aussi paroxystiques; mais je vous laisse juge.

D. BONNAUD

«Parisien, journaliste, boulevardier, spirite et officier de réserve. Collabore à presque tous les grands journaux de la Capitale. Devenu chansonnier, par la grâce de N.-S. Rodolphe Salis, gonfalonier de la Butte. Ce fut au cours d'une chasse à l'éléphant, aux environs d'Amsterdam que, sur le point d'être écrasé par un de ces redoutables pachydermes, il fit vœu, s'il en échappait, d'obéir à toutes les injonctions de son sauveur. Là-dessus, Rodolphe Salis ayant foudroyé l'éléphant furieux en lui récitant à bout portant seize vers coniques et explosifs de François Coppée, le seigneur de Chatnoirville intima à «son» sauvé l'ordre de faire des chansons, ordre qui fut exécuté.

Adoré du public parisien, Bonnaud a les fréquentations les plus éclectiques: déjeune chez le Père Didon, chez le duc de Luynes ou chez l'anarchiste Zo d'Axa, indifféremment, et dîne au hasard chez M. Méline, chez Yvette Guilbert ou chez le prince Roland Bonaparte, qu'il accompagna dans un voyage économique. Converti au bouddhisme par M. Guimet, s'est fait l'interprète des malheurs de l'Arménie, dans la pièce de vers célèbre: On vient d'empaler ma Sœur.—A publié un Traité des couleurs complémentaires, aujourd'hui en usage à l'Institution des jeunes aveugles, et ses considérations sur l'État d'âme des culs-de-jatte décorés du mérite agricole, qui resteront; a fondé la Banque des Prêts hypothécaires sur parole d'honneur, qui prospère de jour en jour.—Epoux morganatique d'une des filles du roi de Siam, lequel n'a d'ailleurs, en fait de progéniture, que des garçons.»