Jules MOY
Membre de plusieurs sociétés savantes et secrètes.
«A remué ciel et terre pour obtenir la croix de la Légion d'honneur, sous le prétexte fallacieux qu'un de ses oncles incarnés d'Amérique, avait donné des leçons de solfège dans un établissement de bains sulfureux. Mais il échoua piteusement, malgré son accent anglais, grâce aux intrigues du sire de Montjarret, le célèbre inventeur du vaccin électoral.
Jules Moy, résigné, demanda alors les palmes académiques, mais il ne réussit qu'à obtenir une médaille de sauvetage, en acceptant une place de nègre sous le tunnel de Batignolles-Clichy-Odéon. Après avoir fabriqué des eaux minérales naturelles, il épousa morganatiquement la concierge de la maréchale Booth, qui, de retour des Indes portugaises, avait prêché la religion salutiste dans le désert du Sahara, sur un automobile alimenté par trois veilleuses baignant dans l'huile de ricin rectifiée. Jules Moy divorça pour aller dans l'archipel des Poulocondores diriger un orphéon de poules mélomanes. Il fut ensuite successivement chef des chœurs dans une institution de sourds-muets, professeur de monocycle au lycée des culs-de-jatte de l'île de la Grande-Jatte, et répétiteur d'anglais dans le club espagnol des jeunes japonaises séduites pour l'amélioration des laitages internationaux.»
G. OBLE
«Compositeur français, né à Poitiers. A l'âge de dix ans s'embarque comme mousse, débarque à Taïti, devient rapidement le préféré de la reine, charmée par son adorable voix; installe, grâce à un crédit illimité fourni par la cassette de Sa Majesté, un Conservatoire noir, y fait représenter les œuvres françaises. Empoisonné par un rival, les médecins européens l'envoient en Russie, il devient chef des chœurs des chevaliers-gardes. Epouse une parente du grand Khan de Badjaerah, organise des concerts à Tiflis, part pour Chandernagor, chasse le tigre pour se distraire, en tue 1,800 dans six mois. Est nommé baronnet honoraire. Revient en Europe, devient professeur de castagnettes du prince de Galles. Pris de nostalgie, débarque à Montmartre, au Chat Noir. Auteur des Museaux roses, du Cantique bleu, des Bas violets, du Corset lilas, de Tes vrais Yeux, Tes vrais Pieds, Ton vrai Billet de Chemin de Fer, Bon Dodo, etc.»
MULDER
«Ancien officier de subsistances au Maroc, fut, en sa qualité de fils adoptif du prince de Bulgarie, nommé sous-préfet honoraire à Thure (Vienne).—Est né à Paris, de 1860 à 1863; dès l'âge de six mois, il imitait tous les instruments à vent en usage dans son pays natal, ce qui l'amenait, vers 1881, à construire un piano avec de vieilles boîtes à sardines.—Massenet, en entendant le jeune virtuose, fut tellement saisi d'admiration qu'il demanda pour lui, à M. Jules Grévy, un premier prix de trombone avec le titre de professeur de l'Elysée.—Un caprice d'artiste l'amène à Levallois-Perret, où il se révèle pisciculteur acharné en élevant des soles dans son modeste appartement pour l'aquarium de Passy. Son succès fut grand. Nommé officier d'Académie, à la suite de plusieurs aventures qu'on peut lire dans le 345e volume des œuvres de P. Delcourt, il entre au Chat Noir comme professeur de suisse de R. Salis, et est depuis peu le chef d'orchestre du célèbre théâtre.—Termine un grand opéra symphonique sur le tir concentrique des pièces de marine, qui révolutionnera la musique.»
Jules GONDOIN
«Une mention toute particulière pour Jules Gondoin, l'un des hommes les plus curieux que ce siècle a produits. Manifesta, dès son enfance, un goût immodéré pour les biscuits de Reims et les vers de Lucain. Ecrivit à six ans, sur le vers du poète latin, Stat sonipes ac frena ferox spumantia mandit, une étude qui le fit immédiatement nommer professeur de bicyclette au glacier des Bossons (3513 mètres), Mont-Blanc. Passa de là comme inspecteur des canalisations littéraires chez M. Victorien Sardou, qui voulut, au bout de quelque temps, le faire recevoir à l'Académie française (de la Guadeloupe), où le fauteuil anthume d'Alphonse Allais se trouvait vacant. Gondoin refusa et vécut quelques années pauvre mais honnête en piquant des bottines. Gagna en découvrant, le 16 octobre 1889, la muselière qui porte son nom et grâce à laquelle les punaises sont devenues d'inoffensifs polypèdes, une juste célébrité et la fortune. Entre temps passa son bachot, sa licence ès-lettres et son agrégation. Erudit et modeste. Chansonne avec un esprit tout de finesse et d'ironique acuité. Achève une thèse sur l'Epandage des Truismes et des Lieux-communs pour la fertilisation des terrains vagues. Colonel de la Garde républicaine de 1890 à 1892 et titulaire du grade de Maréchal de camp dans l'armée régulière de la République d'Andorre. Chevalier du Bain depuis 1894. Fait comte par le Dey de Chandomayor à l'occasion de l'Exposition de 1889.»