MILO DE MEYER
«Né à Rochefort-sur-Mer. Tout jeune, il apprit à lire dans Pierre Loti, en sculptant des coquillages où, sans cesse, il reproduisait le portrait du prince de Sagan, son parrain.—Vers 1889, ennuyé de toujours entendre parler de la Tour Eiffel, il part à pied pour le Caucase, en montrant ses collections de coquillages et en imitant Capoul. Surpris dans son harem par un émir de Tiflis, il se réfugie dans un couvent où il apprend la langue chinoise; il revient à Montmartre, suffisamment armé pour la vie et devenu, par le caprice des choses, professeur d'équitation de Mlle Reichenberg, il se convertit et devint un des lieutenants de la Maréchale Booth.—Depuis, il entre au Chat Noir, où son nom est déjà gravé sur une plaque de vieux sapin.—Il est l'auteur de Tes vrais Genoux, Ta Chambre, la Quenouille de Suresnes, la Main de Rose, le Baiser du Maire, etc.»
Gabriel MONTOYA
Un latin qui a conquis la Gaule. Artiste et poète, ce qui ne l'empêche point d'avoir passé son doctorat en médecine et d'avoir inauguré en chirurgie le système des «opérations chantées» qui rend inutile l'emploi du chloroforme. A brisé son scalpel sur l'autel d'Erato et se console dans l'intimité du grand sensitif Alphonse Daudet, de ses espérances médicales abandonnées. Fut, tout jeune, le héros d'une aventure singulière. Enlevé par une esquimaude, d'ailleurs fort avenante et que tout Paris courait voir au Jardin d'Acclimatation, dut vivre pendant seize ans de l'existence antarctique des Samoyèdes. S'échappa du Groënland déguisé sous la peau d'un phoque et revint par eau jusqu'au Pont des Arts, où son apparition inspira au regretté Ernest Renan une de ses plus jolies phrases sur les excentricités des animaux polaires.
Cisèle en Benvenuto les strophes qu'il lance ensuite aux étoiles d'une voix exquise, troublante et qui, mieux encore que l'archet des Tziganes, sait monter l'âme des duchesses au diapason des folies. Partage, avec Paul Bourget, l'estime des milliardaires américaines qui, tous les matins, l'invitent à venir faire au Bois une heure ou deux d'hippic and esthetic flirt. Auteur du volume: Chansons naïves et perverses, qui atteint son 650e mille (Ollendorf, 3 fr. 40 franco). Parmi ses œuvres les plus applaudies: Tes Orteils, La Croupe de la reine de Thulé, Ton Haleine (chanson parfumée), Quand elle prend son tub. A fait en collaboration avec le célèbre maëstro Mülder un opéra-comique, sur lequel s'est rué M. Carvalho. Couronné par l'Académie pour ses Etudes sur la Flore d'Asnières dans ses rapports avec la Faune Kamtschadale (in-8o, Dupuy, éditeur). Possède un stock de décorations qui donna un instant des idées de suicide à M. Crojier, l'aimable directeur du protocole chat-noiresque. Au physique, 1 mètre 80, figure avenante, a gravé sur la cuisse droite le profil d'Anatole France. Végétarien comme M. Francisque Sarcey, le paveur ordinaire du rez-de-chaussée du Temps.»
Troyes, le 16 janvier 1897.
A nous deux, petite cousine, et d'abord laissez-moi vous dire que si j'ai consenti à ce caprice d'écrire tous les jours à votre usage mes impressions de tournée, ce n'est point pour vous redire les mille et un détails remâchés par les guides et les Bædeker. Ne vous attendez point à de pompeuses descriptions de Cathédrales, de Théâtres et de Musées. Je ne vous servirai sur la nappe des feuilles vierges que le menu fretin des personnelles impressions et des incidents particuliers, et j'ose croire que ce sera suffisant pour le régal de votre mignonne bouche et pour la satisfaction de vos appétits distingués.