Pour ma part, j'ai grande envie de connaître ce poète de frissons et de fièvres, dont la lecture aux environs de la vingtième année, me fut une véritable révélation. C'est à Lyon, sur le quai de l'Hôtel-Dieu, tandis que je scrutais avidement la vitrine d'un bouquiniste, que le volume des Névroses attira mes regards. Le nom de Rollinat m'était à cette heure parfaitement inconnu et ce fut par hasard, ou peut-être par quelque secrète prescience des joies qui m'allaient être données, que je pris le volume et que je l'ouvris. La lecture hâtive d'une des premières pièces du livre, les Frissons, fit de moi en quelques minutes, un admirateur passionné du poète, qui pour peindre l'étrange subtilité de ses impressions, avait employé cette langue imagée et précise, savante et poétique, et par dessus tout musicale et chantante. Jugez plutôt:
Ils[ [2] rendent plus doux, plus tremblés,
Les aveux des amants troublés,
Ils s'éparpillent par les blés
Et les ramures,
Ils vont, orageux ou follets,
De la montagne aux ruisselets
Et sont les frères des reflets
Et des murmures.
Dans la femme où nous entassons