Que dire des compositions légères et des romances intitulées: Qu'importe demain, The Garden of Sleep, Le long du chemin, et le Rondel de l'Adieu, si ce n'est que leur auteur, les interprétant lui-même, leur surajoute cette saveur et ce charme indicibles, que les auteurs interprètes donneront toujours à leurs œuvres, en dépit de ce qu'en peuvent dire les comédiens et les chanteurs. Et quelle suavité mélancolique dans ce Rondel de l'Adieu que le grand poète Haraucourt, mon camarade, doit être heureux d'entendre délicieusement commenté.

Partir c'est mourir un peu.

C'est mourir à ce qu'on aime:

On laisse un peu de soi-même

A toute heure en chaque lieu:

. . . . . . . . . . . . . . . .

Partir c'est mourir un peu.

Mme Adelina Patti que j'ai entendue ce soir en des morceaux détachés, m'a procuré, je dois le dire, un plus vif plaisir que dans les œuvres dramatiques dont je vous ai relaté les détails. Si j'avais la faveur d'être écouté par la très illustre diva, je lui conseillerais de consacrer aux concerts les restes encore éclatants de son ardeur et de sa voix. Malgré l'indéniable sénilité des morceaux qu'elle nous a servis, Hom es veet home, Il bacio, Semiramis (le grand air), elle y sait encore triompher et le spectateur n'assiste pas du moins aux suffocations et malaises visibles dont s'accompagne, chez elle, l'effort d'un rôle à soutenir.

Le concert a pris fin sur l'admirable Marche des Fiançailles de Lohengrin, enlevée avec une verve de tous les diables par l'orchestre que dirigeait M. Jehin. Oh! le chant merveilleux des trompettes et quelle fête pour des oreilles Wagneriennes. Le public idiot se précipitait furieusement vers la sortie pendant l'exécution de cette page vibrante.

Monte-Carlo.