[58] S’acquerir les cœurs des hommes, & les employer à son usage.

[59] Secrets des Empires.

Et en cela certainement nous pouvons remarquer la faute de beaucoup de Politiques, & principalement de Clapmarius, lequel voulant faire un gros Livre de Arcanis Imperiorum, & les reduire sous quelques preceptes generaux, il dit premierement, que les secrets d’Estat ne sont rien autre chose que les divers moyens, raisons & conseils desquels les Princes se servent pour maintenir leur Autorité, & l’estat du public, sans toutefois transgresser le droit commun, ou donner aucun soupçon de fraude & d’injustice. Ce qu’ayant presupposé comme bien étably & veritable, il les divise en deux sortes, & dit que les premiers se doivent appeller secrets d’Empire, ou de Republiques, lesquels à raison des trois sortes de Gouvernemens il subdivise encore en six autres manieres, d’autant, par exemple, que l’Estat Monarchique doit avoir de certains moyens & raisons particulieres pour se donner de garde d’estre commandé par plusieurs qui le reduiroient en Aristocratie ; d’autres pour obvier au Gouvernement d’une populace & ne se changer en Democratiques : & ainsi ces deux derniers doivent faire en sorte de ne point devenir Monarchiques, ou de ne point tomber en quelque autre forme de Gouvernement qui leur soit opposé. Les seconds sont ceux qu’il nomme & qualifie du titre de secret de domination, lesquels ceux qui commandent sont obligez de pratiquer pour se conserver en leur autorité soit Monarchique, populaire ou Aristocratique. Ce qu’il confirme par une curieuse enumeration de tous ces moyens, suivant qu’il les a pû remarquer dedans Tite Live, Saluste, Amarcellin, & beaucoup d’Auteurs, lesquels semblent demeurer tous d’accord de la signification de ces mots, de la même façon que Clapmarius s’en est servy en tout son livre. Or cela me feroit aucunement redouter l’indignation de tous ces grands personnages, si je m’emancipois sans leur avoir demandé permission, de leur dire qu’usurpant ce mot de secrets d’Estat, selon qu’il a esté exposé cy-dessus, ils semblent s’éloigner de sa signification, & ne pas bien comprendre la nature de la chose ; estant certain que ces dictions Latines, [60]secretum & arcanum, desquels ils se servent pour l’exprimer, ne doivent point estre attribuez aux preceptes & maximes d’une science, laquelle est commune, entenduë & pratiquée par un chacun : mais seulement à ce que pour quelque raison ne doit estre ny connu ny divulgué, parce que suivant que remarque le Poëte Marbodæus,

[61]Non secreta manent, quorum fit conscia turba.

(Libr. de Gem.)

[60] Secret & caché.

[61] Les choses qu’on communique à plusieurs personnes, ne demeurent pas secretes.

[62] Secret.

Aussi apprenons nous des Grammairiens, que ce mot [62]d’arcanum, peut estre derivé ab [63]arce, soit comme est d’avis Festus Pompeius, que les Augures eussent coustume d’y faire un certain sacrifice, qu’ils vouloient éloigner de la connoissance du peuple, ou parce que toutes choses secretes & de consequence sont mieux gardées [64]in arce, qu’en autre lieu. Ceux qui le tirent [65]ab arca semblent aussi ne se pas éloigner de la même opinion, & les bons Auteurs ne se sont jamais servis de ces deux mots qu’en pareille signification. Virgile,

[66]Longius & volvens fatorum arcana movebo.