Monseigneur,
Puis que vous estes maintenant à Rome, joüissant des honneurs qui servent de recompense à vos merites, & vivant dans le repos que les fonctions publiques heureusement exercées en sept Gouvernemens, une Vice-legation, & deux Nonciatures vous y ont acquis : je n’ay pas cru pouvoir mieux employer le loisir duquel vostre bien-veillance & vostre bonté extraordinaire m’y font pareillement joüir, qu’en vous entretenant des plus relevées Maximes de la Politique, & de ces grandes affaires d’Estat, en la conduite desquelles V. E. a tellement fait remarquer sa prudence, que les plus grands Genies qui gouvernent presentement toute l’Europe, en sont demeurez remplis d’étonnement, & n’ont jamais mieux reüssi aux deliberations & entreprises les plus difficiles, que lors qu’ils les ont maniées suivant les bons & genereux avis qu’il vous a pleu de leur en donner, Adeò
[2]Nil desperandum Teucro duce & auspice Teucro !
(Horat. l. 1. carm. Ode 7.)
[2] Aussi ne faut-il point desesperer, puisque Teucer marche à la teste, il ne faut rien craindre aussi sous le bonheur de sa conduite.
Chapitre I.
Objections que l’on peut faire contre ce discours avec les Réponses necessaires.
Mais à grand peine, Monseigneur, ay-je tracé les premieres lignes de ce Discours, que je me treuve renfermé entre deux puissantes difficultez, capables à mon avis d’empécher toute autre personne qui auroit moins de courage & d’affection que moy, de passer outre, & de glacer le sang des plus échauffez à la recherche de ces Resolutions, non moins perilleuses que extraordinaires. Car si le judicieux Poëte Horace (Ode 1. lib. 2.) disoit ingenûment à son amy Pollio, qui vouloit écrire l’histoire des guerres civiles arrivées de son temps,
[3]Periculosæ plenum opus aleæ
Tractas, & incedis per ignes
Suppositos cineri doloso.