[3] Vostre ouvrage est perilleux, & vous marchez sur des feux cachés sous une cendre trompeuse.

Quel bon succés peut-on attendre de cette mienne entreprise beaucoup plus difficile & temeraire : veu que pour ne rien dire du danger qu’il y a de vouloir déchiffrer les actions des Princes, & faire voir à nud ce qu’ils s’efforcent tous les jours de voiler avec mille sortes d’artifices ; il y en a encore deux autres de non moindre consequence ; l’un desquels je puis en quelque façon apprehender pour ce qui regarde & touche vostre personne ; comme aussi rencontrer l’autre en ce qui concerne la mienne.

Et pour ce qui est du premier je dirois volontiers avec le Poëte qui a si bien traitté la Philosophie dans ses beaux vers, qu’il est maintenant le seul & unique soustien de sa secte :

[4]Illud in his rebus vereor, ne forte rearis,

Impia te rationis inire elementa, viamque

Indugredi sceleris.

(Lucret. lib. 1.)

[4] J’apprehende que de ce pas il ne vous viene en l’esprit que vous estes dans les elemens de l’impieté, & que vous entrez dans la voie du crime.

Au moins devrois-je craindre à bon droit de blesser les oreilles de V. E., d’effaroucher ses yeux, & de troubler la douceur & facilité de sa nature, aussi-bien que le repos & l’intégrité de sa conscience, par le recit de tant de fourbes, de tromperies, violences & autres semblables actions injustes (comme elles semblent de premier abord) & tyranniques, qu’il me faudra cy-aprés deduire, expliquer & defendre.

Que si Enée, l’un des plus resolus Capitaines de l’antiquité, fut tellement émeu de commiseration au seul recit qu’il luy falloit faire devant la Reyne de Carthage, du sac & des ruïnes de la Ville de Troye qu’il ne le put commencer que par ces paroles :