[170]Religio peperit scelerata atque impia facta.

[170] La religion a produit des actions méchantes & impies.

Car pour ne rien dire de l’Allemagne, & des autres païs étrangers, l’on a verifié (Bodin & autres) que depuis les premiers tumultes excitez par les Calvinistes jusques au regne de Henry IV, les pretendus Reformez nous ont livré cinq batailles tres-cruelles & sanglantes, & ont esté cause de la mort d’un million de personnes, des surprises de 300 villes, d’une dépense de 150 millions pour le seul payement de la gendarmerie, & que neuf villes, 400 villages, 20000 eglises, 2000 Monasteres, & 10000 Maisons ont esté tout à fait bruslées ou razées. A quoy si l’on joint ce qui s’est passé dans les dernieres guerres contre le Roy d’à present, je m’asseure que l’on pourra bastir un spectacle d’horreur, capable d’émouvoir à compassion les cœurs les plus inhumains, & de tirer encore cette exclamation de la bouche des plus retenus,

[171]Tantum religio potuit suadere malorum

Horribili super aspectu mortalibus instans !

[171] La religion a-t-elle pû conseiller tant de maux, qui servent maintenant d’un triste spectacle aux mortels !

Or d’autant que personne n’a encore fait de reflexion sur cette Histoire de Luther, je diray en passant que l’on fit trois grandes fautes, à mon avis, lors qu’il commença de publier ses heresies : la premiere d’avoir permis qu’il passast de la correction des mœurs à celle de la doctrine, puisque la plus commune est toujours la meilleure, qu’il est tres-dangereux d’y rien changer & peu utile, que ce n’est pas à un particulier de le faire, & enfin qu’un Royaume Chrestien bien policé ne doit jamais recevoir d’autres nouveautez en la religion, que celles que les Papes ou Conciles ont accoustumé d’y introduire de temps en temps pour s’accommoder au besoin que l’Eglise en peut avoir, laquelle Eglise doit estre la seule regle de la sainte Ecriture & de nostre foy, comme les Conciles le sont de l’Eglise, & entre les Conciles celuy-là qui a esté celebré le dernier doit estre preferé à tous les precedens. La seconde fut, que Luther estant venu de bonne foy à Ausbourg pour conferer & s’accorder, s’il estoit possible, avec les Catholiques, le Cardinal Cayetan devoit accepter les offres qu’il fit de ne plus rien dire, ny écrire en la matiere dont il s’agissoit, pourveu que reciproquement on imposast silence à Ecchius, Cochleus, Sylvester Prierias, & autres ses adversaires : & non pas le presser de se dédire en public, & de chanter la palinodie de tout ce qu’il avoit dit & presché, avec tant d’ardeur & de vehemence. Aprés quoy la troisiéme faute fut de n’avoir pas eu recours à un Coup d’Estat lors que l’on vit qu’il prenoit le frain aux dents, & qu’il regimboit à bon escient contre le zele indiscret du Legat. Car il luy falloit jetter quelque os en bouche, ou luy cadenasser la langue en mettant dessus un Aigle, puisque les Bœufs & les Syrenes, que l’on employoit à même fin au temps passé, ne sont plus en usage, c’est à dire qu’il le falloit gagner par quelque bon benefice ou pension, comme l’on a fait du depuis beaucoup des plus doctes & autorisez Ministres. Ferrier avoit bien entrepris il n’y a pas trente ans, d’aller soûtenir dans la ville de Rome que le Pape estoit l’Antichrist ; & toutefois la Reine Mere n’eut pas grande peine à luy faire quitter son party, pour se ranger au nostre : Et Monsieur le Cardinal de Richelieu fut-il jamais venu à bout de tant de glorieuses entreprises contre les Huguenots, s’il ne se fust servy bien à propos des finances du Roy, pour gagner tous leurs meilleurs Capitaines ? tant ce dire d’Horace est veritable :

[172]Aurum per medios ire satellites

Et perrumpere amat saxa, potentius

Ictu fulmineo.