(Virgil. in Georg. IV.)

[12] Tout d’un coup il vous presente l’horreur d’un sanglier, il se couvre de la peau noire d’un tygre, des écailles d’un dragon, & du poil roux d’une lionne.

Toutefois comme le jeune Aristée ne fut point détourné par les grandes difficultez que luy proposoit Arethuse, d’entreprendre son voyage, & d’obtenir en suite toute sorte de contentement : Aussi les precedentes n’auront pas plus de force en mon endroit, & mille autres davantage ne me pourroient empescher, qu’aprés m’estre avisé du conseil que donne Pline le jeune, [13]tutius per plana, sed humilius & depressius iter ; frequentior currentibus quàm reptantibus lapsus ; sed & his non labentibus nulla laus, illis nonnulla laus etiamsi labantur, je ne fournisse entierement la carriere du dessein que je me suis proposé.

[13] Les chemins unis sont bien plus assurez, mais aussy plus bas & plus ravalez ; ceux qui courent tombent bien plus souvent que ceux qui marchent bellement ; mais ceux-cy ne remportent aucune loüange quoi qu’ils ne tombent pas, au lieu que ceux-là en acquierent en quelque façon encore bien qu’ils tombent.

C’est pourquoy, Monseigneur, pour répondre aux deux difficultez que je me suis faites cy-dessus ; & à celle qui regarde V. E. premierement, il ne faut point apprehender que cette doctrine heurte tant soit peu vostre pieté, ou trouble aucunement le repos & l’integrité de vostre conscience, comme il semble de premier abord, que ces trois vers de Lucrece le veüillent persuader : le Soleil épand sa lumiere sur les choses les plus viles & abjectes sans en estre gasté ou noircy,

[14]Nec quia forte lutum radiis ferit, est ideo ipse

Fœdus ; non sordet lumen quum sordida tangit.

(Paling. in Scorp.)

[14] Bien que de ses rayons il puisse toucher de la bouë, il n’en est pas pour cela soüillé ; la lumiere ne se soüille point quand elle touche des choses sales.

Les Theologiens ne sont pas moins religieux pour sçavoir en quoy consistent les heresies ; ny les Medecins moins preud’hommes, pour connoistre la force & la composition de tous les venins. Les habitudes de l’entendement sont distinguées de celles de la volonté, & les premieres appartiennent aux sciences, & sont toujours loüables, les secondes regardent les actions morales, qui peuvent estre bonnes ou mauvaises. Tritheme & Pererius ont monstré qu’il estoit expedient qu’il y eust des Magiciens, & que l’on sceust au vray le moyen d’invoquer les demons, pour convaincre par l’apparition d’iceux l’incredulité des Athées : Les soldats vont d’ordinaire aux exercices pour apprendre à bien manier la picque, & à tirer du mousquet ; afin de pouvoir avec plus d’artifice & d’industrie, tuër les hommes & détruire leurs semblables : mais ils ne s’en servent neanmoins que contre les ennemis de leur Prince, ou de la patrie : Les meilleurs Chirurgiens n’estudient autre chose qu’à pouvoir dextrement couper bras & jambes, & ce pour le salut des malades,