Les racines que nous appelions Canadiennes, ou pommes de Canada, qu'eux appellent Orasqueinta, sont assez peu communes, dans le pays, ils les mangent aussi tost crues que cuites, comme semblablement d'une autre sorte de racine, ressemblant aux panays, qu'ils appellent Sondhratates, lesquelles sont à la vérité meilleures de beaucoup: mais on nous en donnoit peu souvent, & lors seulement que les Sauvages avoient receu de nous quelque present, ou que nous les visitions dans leurs cabanes.

Dans le Navire Anglois que nous prismes sur mer, il y avoit quantité de patates, fort grosses, & tres-excellentes, les unes jaunes, violettes, blanches, & d'autres de diverses couleurs, desquelles nous nous servimes tres à propos, car en toutes sauces qu'on les mettait elles estoient tres-bonnes & ravissantes. J'en cherchay aux Hurons & n'en pû trouver, ny n'en pû dire le nom aux Sauvages, ce qui me fit repentir de n'en avoir porté avec moy, car bien que cette racine ne porte point de graine, estant couppée par morceaux, & plantée en terre, elle grossit en peu de temps, & multiplie comme les pommes de Canada à ce qu'on dit.

Nos Hurons ont de petits oignons blancs nommez Anonque, qui portent seulement deux fueilles semblables à celles du muguet: ils sentent autant l'ail que l'oignon sans qu'on puisse dire proprement auquel ils ressemblent le plus quant au goust, nous nous en servions dans nostre sagamité pour luy donner quelque saveur, & d'une espece de marjoleine sauvage qu'ils appellent Ongnehon, de laquelle les Sauvages ne vouloient point manger lors qu'il y avoit de ces herbes, & encor moins sentir l'haleine, si tant soit peu nous avions mangé de ces oignons, ou ails crus, comme nous faisions aucunefois (contraincts de la necessité), avec un peu de pourpier, & de sel, sans pain, sans huyle, & sans vinaigre.

Les Sauvages en mangent neantmoins de cuits sous la cendre lors qu'ils sont en leur vraye maturité & grosseur, & non jamais dans leur menestre, non plus que d'aucune autre sorte d'herbes, desquelles ils font très-peu d'estat, bien que le pourpier, ou pourceleine leur soit commun, & que naturellement il vienne dans leurs champs labourez, parmy le bled & les citrouilles.

Dans les forest, il se voit quantité de cedres, nommez Asquara, l'odeur duquel est contraire aux serpens, c'est pourquoy les Sauvages se servent souvent de leurs rameaux allans en voyages pour se coucher dessus, il y a aussi de tres-beaux chesnes gros à merveilles, des fouteaux, herables, & merisiers ou guyniers, & un grand nombre d'autres bois de mesme espece des nostres, & d'autres qui nous sont incognus: entre lesquels ils ont un certain arbre nommé atti, duquel ils reçoivent des commoditez nompareilles.

Premièrement ils en tirent de grandes lanières d'escorces, qu'ils appellent Ouhara: lesquelles ils font bouillir, & les rendent en fin comme chanvre, de laquelle ils font leurs cordes, & leurs sacs, & sans estre bouillie ny accommodée, elle leur sert encore à coudre leur robes, plats & escuelles d'escorce de bouleau & toute autre chose lors que les nerfs d'eslan leur manquent. Ils en lient aussi les bois & & perches de leurs cabanes, & en envelopent leurs playes & blessures, & cette ligature est tellement bonne & forte qu'on n'en sçauroit desirer une meilleure & de moindre coust.

Le muguet qu'ils ont en leur pays, a bien la fueille du tout semblable au nostre, mais la fleur en est du tout differente, car outre qu'elle est de couleur tirant sur le violet, elle est faite en façon d'estoile, grande & large, comme petit Narcis: mais la plus belle plante que j'aye veue aux Hurons, est (à mon advis) celle qu'ils appellent Angyahouiche Orichya, c'est à dire, chausse de tortue: car sa fueille ressemble en tout, (excepté à la couleur) au gros de la cuisse d'un houmard, ou escrevice de mer, & est ferme & creuse au dedans comme un gobelet, duquel on se pourroit servir à un besoin pour boire la rosée qu'on y trouve tous les matins en Esté.

J'ay veu en quelque endroit sur le chemin des Hurons, de beaux lys incarnats, qui ne portent sur leur tyge qu'une ou deux fleurs, & comme je n'ay point veu en tout le pays Huron aucuns martagons, ou lys orangez, comme ceux de Canada, ny de cardinales, aussi n'ay je point veu en tout le Canada aucuns lys incarnats, ny chauffes de tortues, ny plusieurs autres especes de plantes que j'ay veues aux Hurons, ou s'il y en a, je ne l'ay point sceu.

Pour les roses, qu'ils appellent Eindauhatayon: nos hurons en ont de simples, mais ils n'en font aucun estat, non plus que d'aucunes autres fleurs qu'ils ayent dans le pays: car tout leur deduit est d'avoir des parures & affiquets qui soient de durée, & non des chappeaux, & bouquets de fleurs, qui fletrissent sitost qu'elles ont paru belles, ainsi est-il de toutes les beautez de ce siecle, qui ne doivent ravir nos yeux, & nostre entendement, que pour y contempler la beauté d'un Dieu, & les richesses de sa gloire.

Ils font estat du tourne-sol, qu'ils sement en quantité en plusieurs endroits, à cause de l'huyle qu'ils tirent de sa graine, laquelle leur sert non seulement à gresser leur cheveux, mais aussi à manger, & en plusieurs autres usages, & voicy l'invention comme ils la tirent. La graine estant bien meure, & arrachée nettement de sa tige, les filles la reduisent en farine dans le grand mortier, puis la font bouillir avec de l'eau dans une grande chaudière, & à succession de temps elle rend son huile qui nage par dessus le bouillon, que les Sauvages amassent avec des cueillieres propres & serrent dans leurs calbasses, & non seulement cette huyle est bonne à manger comme j'ay dit, mais aussi la graine pillée, que les Sauvages mangent comme chose qu'ils estiment excellente, & que j'ay gousté avec admiration. Mais comment est-ce que ce peuple Sauvage a pû trouver l'invention de tirer d'une huyle que nous ignorons, sinon à l'ayde de la divine providence, qui donne à un chacun le moyen de sa conservation, ce qu'autrement n'estant point policé ny instruit ce peuple resteroit miserable, où les brutes mesmes trouvent leur consolation & entretien.