Chez Claude Sonnius, rue S. Jacques,
à l'Escu de Basle, & au Compas d'or,
M. DC XXXVI.
Avec Privilege & Approbation.

A TRÈS-AUGUSTE
ET
SERENISSIME PRINCE

Henry de Lorraine,
ARCHEVESQUE ET DUC
de Rheims, premier Pair de
France, nay Legat du S. Siege,
& Abbé des deux Monasteres
S. Denis, & S. Remy, &c.

ONSEIGNEUR,
Il n'y a rien qui charme tant, les affections des hommes, & qui les attache plus puissamment aux grands Princes que la vertu & bon exemple qu'ils doivent à leurs sujets. Vostre naissance de la tres-ancienne, tres Auguste & royalle maison de Lorraine, vous est d'un si grand advantage que je ne m'estonne point de l'opinion de plusieurs que vostre grandeur sera un jour un sainct. La perfection peut estre petite au commencement, mais elle s'esleve comme les Cedres du Liban, & va tousjours croissant à mesure qu'elle est arrousée des benedictions du Ciel, que le Seigneur verse abondamment en vous dont on en voit tous les jours des effects. L'histoire nous apprend (Monseigneur) qu'autrefois il n'estoit pas permis à aucun d'aller saluer les Roys de Perse, que l'on n'eust quelque chose à leur donner, non pour les enrichir: car ils estoient des plus grands & puissans Princes de toute la terre, mais seulement pour obliger les sujets à rendre quelque tesmoignage de l'affection qu'ils portoient à leur Prince.

C'est pourquoy considerant les grandes obligations & bienveillances tres-estroites que Vostre saincte & Royalle maison a acquis sur tous les Religieux du monde dont elle a tousjours esté le support & l'asyle asseuré, j'ay pris la hardiesse de presenter aux pieds de Vostre grandeur cest ouvrage avec son Autheur, qui sera s'il vous plaist pour un asseuré tesmoignage; de l'affection que j'ay à vostre service, & une foible recognoissance de l'obligation que vous ont les Recollects de vostre ville de fainct Denis, & moy en particulier m'ayant autrefois fait l'honneur me commander de luy discourir des moeurs des Sauvages, & du pays de Canada.

S'en est un traicté (Monseigneur) & des choses principales qui s'y sont passées pendant quatorze ou quinze années que nos Peres y ont demeuré pour la conversion du pays. Si vostre, grandeur le reçoit comme je l'en supplie en toute humilité (orné sur son frontispice de vostre Auguste nom) il sera bien venu & chery de tout le monde, & verra-on qu'à l'imitation de tous les Princes de vostre maison, vous cherissez la conversion des infidelles comme ils ont tousjours esté portez pour l'accroissement de l'Empire de Jesus-Christ, l'extirpation des heresies, la paix & le salut des peuples.

Ce sont ces vertus là (Prince tres-illustre) qui vous acquerront un grand Empire dans le Ciel, & vous feront aymer de tous les courtisans du Paradis. La terre n'est qu'un petit point, & ce petit point divisé en tant d'autres que je m'estonne comme les Princes, à qui Dieu a donné un coeur si relevé puissent mettre leur affection à chose si basse, & comme un néant devant les yeux de Dieu.

La vostre n'y est point attachée (Monseigneur) vos pensées sont toutes autres, & croy pour moy ayant considere la douceur & bonté de vostre naturel, qu'un jour on dira le coeur de ce Prince estoit tout en Dieu, ce n'est point ma croyance seule, mais de beaucoup d'autres qui sçavent qu'il est permis aux grands de paroistre avec un grand esclat extérieur, tandis, que leur intérieur traicte de paix avec ce Dieu duquel ils sont les images.