Mais les Montagnaites à ce que j'ay pu apprendre sont un peu friandes, car s'il y a un bon morceau, c'est ordinairement pour elles, particulierement le py des jeunes eslans femelles, desquels elles ne font point de part à leurs marys, & leur sont comme maistresses en plusieurs choses.

Je ne sçay si elles sçavent filer, mais nos Huronnes ont trouvé l'invention de filer le chanvre sur leur cuisse, n'ayant pas l'usage de la quenouille ny du fuseau, & de ce filet les hommes en font leurs rets, & seines pour la pesche, mais en telle quantité qu'ils en trafiquent encore à nos Montagnais, & en plusieurs Nations estrangeres pour d'autres marchandises. Lors que je vis pour la première fois de ces hommes assis en guenon contre terre, lasser les rets, le bout attaché à l'un des bois de leur cabane, je leur demanday si c'estoit là de l'ouvrage des hommes (car je ny voyois point travailler les femmes) ils me dirent que ouy, sinon que les femmes leur en accommodent le filet. Elles pillent aussi le maiz pour la cuisine, & en font de rostis, duquel elles tirent la fine fleur pour leurs marys, qui vont l'Esté trafiquer en des Nations esloignées.

Le mortier dans quoy elles pillent le bled, est fait d'un gros tronc d'arbre d'herable ou d'autre-bois dur, couppé de mesure, haut de deux pieds, qu'elles creusent petit à petit avec des charbons, ou du tondre ardant, qu'elles entretiennent dessus, & le renouvellent tant qu'il fait assez large & profond, puis ont des bastons longs de six, sept pieds, & gros comme le bras, qui leur servent de pillons plus faciles que s'ils estoient plus courts, ainsi que j'ay experimenté, car c'estoit assez souvent qu'il nous falloit batre nous mesme nostre bled d'Inde pour vivre, & pour traitter nos François qui nous venoient voir, aux festes pour la saincte Messe, & peu souvent pour se confesser, sinon quelqu'uns.

Elles ont l'industrie de faire de fort bons pots de terres qu'elles cuisent dans leur foyer fort proprement, & sont si forts qu'ils ne se cassent point au feu sans eau comme les nostres, mais ils ne peuvent aussi souffrir long-temps l'humidité ny l'eau froide, qu'ils ne s'attendrissent & ne se cassent au moindre heurt qu'on leur donne, autrement ils durent, beaucoup. Les Sauvagesses les font prenans de la terre propre, laquelle elles nettoyent & petrissent tres-bien entre leurs mains & y meslent, je ne sçay par quelle science, un peu de graiz pillé parmy; puis le masse estant réduite comme une boulle, elles y font un trou au milieu avec le poing, qu'elles agrandissent tousjours en frappant par dehors avec une petite pallette de bois, tant & si long-temps qu'il est necessaire pour les parfaires: ces pots sont de diverses grandeurs, sans pieds & sans ances, & tous ronds comme une boulle, excepté la gueulle qui sort un peu dehors.

A la fin de l'Automne, elles font des nattes de joncs, & de feuilles de maiz, dont elles garnissent les portes de leurs cabanes pour se garantir du froid, & d'autres pour s'asseoir dessus, le tout fort proprement. Les femmes des Cheveux relevez, y apportent encore quelque autre chose de plus gentil, car elles baillent des couleurs aux joncs, sî vives, & font des compartimens d'ouvrages avec telle mesure, qu'il ny a que redire, & dequoy admirer, mesme entre nous.

Elles corroyent & adoucissent les peaux des castors, d'eslans, de cerfs, de loutres & autres, avec la mesme perfection qu'on sçauroit faire icy, desquelles elles font leurs manteaux & brayers, & y peignent des passemens & bigarures de diverses couleurs, qui leur donnent fort bonne grace, & trompent souvent l'oeil & la pensée des nouveaux venus, tant ils semblent naturels, egaux & bien faits.

Elles font semblablement des paniers de joncs & d'autres avec des escorces de bouleaux, puis des hottes & tonneaux, dans quoy elles serrent leurs provisions. Elles font aussi comme une espece de gibecière de cuir ou sac à petun, sur lesquels elles font des ouvrages digne d'admiration, avec du poil de porc espic coloré & teint en rouge, noir, blanc, & bleu, cramoisy, qui sont les couleurs qu'elles font si vives, que les nostres ne semblent point en approcher.

Les Hurons & Canadiens font bien les escuelles de noeuds de bois, pour ce que cela est de longue haleine, mais les femmes s'exercent à faire celles d'escorces, pour boire & manger, & dresser leurs viandes & potages. De plus, les escharpes, carquans & brasselets qu'elles & les hommes portent, sont de leurs ouvrages; & nonobstant qu'elles ayent beaucoup plus d'occupation que les hommes, lesquels trenchent du Gentilhomme entr'eux, encores ayment elles grandement leurs marys, vivent par ensemble soit doucement, ne s'ympatientent jamais contre leurs enfans, ne querellent point leurs voisins, & ne sçavent que c'est de jurer, de maniere que dans une cabane où il y aura peut-estre dix ou douze mesnages, à peine y entendroit on un seul petit bruit, & s'ils rient ou se recréent, c'est tousjours avec de la retenuë, & non point à gorge desployée, car toutes leurs joyes, leurs jeux, de mesme que les pleurs & lamentations des femmes Canadiennes, qui se barbouillent de noir au temps des funerailles, se font & tiennent toujours dans un modeste & honneste comportement de la voix & des pieds, tellement que s'ils estoient Chrestiens, il n'y a point de doute, que Dieu se plairoit avec eux, mieux qu'avec nous miserables, qui le chassons de nos maisons, par nos tumultes, nos querelles, & nos debats, qui ne trouvent jamais de fin parmy la pluspart des familles Chrestiennes. C'est pourquoy j'ay bien peur qu'à la fin il ne nous, arrive le chastiment des Juifs, desquels les pechez ont esté la gloire des Gentils, disoit l'Apostre, car perseverans dans nos malices & impietez, le Soleil de Dieu nous sera osté, la vraye Religion sera arrachée du milieu de nous, nous n'aurons plus de foy, & tout sera pour les peuples barbares qui se rendront dignes du Paradis à nostre exclusion.


Comme ils defrichent, sement, & cultivent les terres, & comme ils faisoient anciennement cuire leurs viandes dans des chaudieres de bois & d'escorces.