Toutes ces dances se font en rond, mais les danceurs ne se tiennent point par la main comme par deçà, ains ont tous les poings fermez, les filles les tiennent l'un sur l'autre, esloignez de leur estomach, & les hommes les tiennent aussi fermez; eslevez en l'air, & de toute autre façon, en la maniere d'un homme qui menace; avec mouvement, & du corps, & des pieds, levans l'un, & puis l'autre, desquels ils frappent contre terre à la cadence des chansons, & s'eslevans comme en demy-sauts, & les filles branslans tout le corps, & les pieds de mesme, se retournent au bout de quatre ou cinq petits pas, vers celuy ou celle qui le suit, pour luy faire la reverence d'un hochement de teste. Et ceux ou celles qui se demeinent le mieux, & sont plus à propos toutes ces petites chimagrées, sont estimez entr'eux les meilleurs, danceurs, c'est pourquoy ils ne s'y espargnent pas, non plus qu'en un festin ou quelque bon repas.
Ces dances durent ordinairement une, deux, ou trois aprés disnées, & pour n'y recevoir d'empeschement des habits, quoy que ce soit au plus fort de l'Hyver, ils n'y portent jamais autres vestemens ny couvertures que leurs brayers, sinon que, pour quelqu'autre sujet il soit ordonné de les mettre bas; n'oublians neantmoins jamais leurs colliers, oreillettes, & brasselets, & de se peinturer par fois; comme au cas pareil les hommes se parent de colliers, plumes, peintures, & autres fatras, dont j'en ay veu estre accommodez en mascarades ou Caresme-prenant; ayans une peau d'ours qui leur couvroit le corps, les oreilles dressées au haut de la teste, & la face couverte, excepté les yeux, & ceux cy ne servoient que de portiers, ou bouffons, & ne se mesloient à la dance que par intervalle à cause qu'ils estoient destinez à autre chose.
Je vis un jour un de ces boufons entrer processionnellement dans la cabane où se devoit faire la dance, avec tous ceux qui étaient de la feste, lequel portant sur ses espaules, un grand chien lié, & garotté par les jambes, & le museau, le prit par celles de derrière, & le rua tant de fois contre terre qu'il en mourut, estans mort il l'envoya apprester à la cabane voisine, pour le festin qui se devoit faire à l'issue de la dance.
Que cela ayt esté fait sans dessein ou pour un sacrifice, je n'en ay rien sçeu, car personne ne m'en pû donner l'explication.
Si la dance est ordonnée pour une malade, à la troisiesme ou dernière après disnée, s'il est trouvé expédient, ou ordonné par Loki, elle y est portée, & en l'une des reprises, ou tour de chanson, on la porte, en la seconde on la faict un peu marcher, & dancer, la soustenant par sous les bras, & à la troisiesme, si la force luy peut permettre, ils la font un peu dancer d'elle mesme, sans ayde de personne, luy criant cependant tousjours à pleine teste, Etsagon outsahonne, achieteque anaterseace; c'est à dire, prend courage femme, & tu seras demain guérie, & après les dances finies, ceux qui sont destinez pour le festin y vont, & les autres s'en retournent en leurs maisons.
Il se fit un jour une dance de tous les jeunes hommes, femmes, & filles toutes nues en la presence d'une malade, à laquelle il fallut (traict que je sçay comment excuser, ou passer sous silence) qu'un de ces jeunes hommes luy pissast dans la bouche, & qu'elle avallast cette eau, comme elle fit avec un grand courage, esperans en recevoir guerison: car elle mesme desira que le tout se fit de la sorte, pour accomplir & ne rien obmettre du songe qu'elle en avoit eu la nuit precedante: que si pendant leur reverie, il leur vient encore en la pensée qu'on leur fasse present d'un chien blanc, ou noir, ou d'un grand poisson pour festiner, ou bien de quelque chose à autre usage; à mesme temps le cry s'en faict par toute la ville, afin que si quelqu'un a une telle chose qu'on specifie, qu'il en fasse present à la malade, pour le recouvrement de sa santé: ils sont si secourables qu'ils ne manquent point de la trouver, bien que la chose soit de valeur ou d'importance entr'eux; aymans mieux souffrir & avoir disette des choses, que de manquer au besoin à un malade necessiteux, ou qui aye envie de quelque chose qui soit en leur puissance...
Pour exemple, le Pere Joseph avoit donné un chat à un grand Capitaine, comme un present tres rare, car ils n'ont point de ces animaux. Il arriva qu'une malade songea que si on luy avoit donné ce chat qu'elle seroit bien-tost guerie. Ce Capitaine en fut adverty, qui aussi tost luy envoya son chat bien qu'il l'aymast grandement, & sa fille encore plus, laquelle se voyant privée de cet animal, qu'elle aymoit passionnement, en tomba malade, & mourut de regret, ne pouvant vaincre & surmonter son affection; bien qu'elle ne voulut manquer, à l'ayde & secours qu'elle devoit à son prochain, ce qui nous est d'un grand exemple.
Pour recouvrer nostre dé à coudre, qui nous avoit esté desrobé par un jeune garçon, qui depuis le donna à une fille, je fus au lieu où se faisaient les dances, & ne manquay point de l'y remarquer, & ne ravoir d'une fille qui l'avoit pendu à sa ceinture, avec ses autres matachias, & en attendant l'issue de la dance, je me fis repeter par un Sauvage l'une des chansons qui s'y disoient, dont en voicy une partie.
Ongyata éuhaha, ho, ho, ho, ho, ho,
Eguyotonuhaton, on, on, on, on, on,