Pour les jeunes hommes ils ont la mesme curiosité de s'embellir & farder comme les filles. Ils huylent leurs cheveux, & y appliquent des plumes & du duvet fort joliement, & au lieu de collet de fine toille, ils se font des petites fraizes du mesme duvet, qu'ils mettent autour de leur col, fort proprement arrangez. Il y en a qui pour braverie, portent de grandes peaux de serpens sur le front en guyse de fronteaux, qui leur pendent par derrière une grande aulne de Paris de chacun costé.

Ils se peindent aussi le corps & la face de diverses couleurs, de vert, de jaune, de noir, rouge, & violet qui sont leurs couleurs les plus communes. Vous leur voyez quelquefois la face toute bigarée, de rouge, de de vert, quelquefois ils n'en peignent qu'un costé, depuis le sommet de la teste jusques au col, il y en a de si industrieux qu'ils se figurent toute la face, & le corps devant & derriere, de passements tirez au naturel, & des compartimens avec diverses figures d'animaux assez bien faites pour des personnes, qui n'ont pas appris l'art de la peinture.

Mais ce que je trouvois de plus estrange, & d'une folie plus eminente, estoit de ceux qui pour estre estimez courageux, & redoutables à leurs ennemys, prenoient un os d'oyseau où de poisson qu'ils affiloient comme rasoirs, avec lesquels ils se gravoient & figuroient le corps, mais à diverses reprises, comme l'on faict icy une paire d'armes avec le burin. En quoy ils monstroient un courage, & patience admirable au delà du commun des hommes, non qu'ils ne ressentissent bien le mal, car ils ne sont pas insensibles, mais pour les voir immobiles & muets en un si furieux chatouillement, puis on essuyoit le sang qui leur decouloit de ces incisions, lesquelles ils frottoient incontinent aprés avec quelque couleur noire en poudre, qui s'insinuoit dedans les cicatrices, si que les figures qu'ils ont gravées leur demeurent sur le corps pour tousjours, sans que jamais on les puisse effacer, non plus que les marques qu'ont au bras les Pelerins qui reviennent de Hierusalem.

Tous n'en veulent pas neantmoins souffrir la peine, aussi n'en sont ils pas tous accommodez, mais les Sauvages qui s'y plaisent d'avantage sont les petuneux, lesquels ont pour la pluspart, le corps ainsi figuré, ce qui les rends effroyables & hideux, à ceux qui n'ont pas accoustumé de voir de tels masques, car ils me sembloient à moy mesme en les regardans l'image de quelque Demon avec lesquels je ne me trouvois pas trop asseuré au commencement, & guere plus à la fin.

Il y a des femmes, & filles, mais peu qui souffrent ces incisions, dont, j'en ay veu quelqu'unes qui estoient figurées jusques par dessus les yeux & tout cela pour sembler autant valeureuses que belles, & redoutables. J'ay veu des Sauvages d'une certaine Nation; avoir tous le milieu des narrines percées, ausquelles pendoient des patinotres bleues assez grosses, qui leur battoient la levre d'enhaut, attachées à des petites cordelettes ou filets.

Et comme ils ne portent rien sur leur corps que pour ornement, ou pour se deffendre du froid, nos Sauvages croyoient au commencement que nous portassions nos Chapelets à la ceinture pour embellissement, comme ils font leurs pourceleines, mais en comparaison ils en faisoient fort peu d'estat, disans: qu'ils n'estoient que de bois, & que leur pourceleine qu'ils appellent Onocoirota estoit de grande valeur, pour la petite teste de mort qui y estoit attachée, beaucoup la croyoient avoir esté d'un enfant vivant, mais je les ostay incontinent de cette pensée, & la volonté aux femmes de vouloir emprunter nostre manteau, & nostre capuce, pour aller en festin, & voir les nouvelles mariées, car elles m'en importunoient fort, & se fussent carrées avec cela comme fort parées & gentilles.

Pour nos sandales ou femelles de bois, je leur permetrois bien à tous d'y mettre le pied, & les esprouver, mais à condition de me les rapporter incontinent peur de les perdre. Ils me disoient prou, Auiel Saracogna, Gabriel fais moy des souliers, car ils appelloient nos sandales souliers, mais je n'estois pas en lieu pour leur en pouvoir faire, & d'y mettre la main eux mesmes, outre qu'ils sont trop paresseux d'apprendre, ils n'avoient pas les outils propres, non plus que moy, qui me servois d'un seul meschant petit outil pour les miennes, & au lieu de cloux (car il ne s'en trouve pas dans le pays) nous nous servions de cordelettes passées par des petits trous pour attacher nos cuirs.


Comme les Sauvages accommodent leur chevelure. De la barbe & de l'opinion qu'ils ont qu'elle amoindrit l'esprit. Comme sainct François n'en a point porté. Des Pygmées & d'une fille velue & ayant barbe.

CHAPITRE XXIII.