Aux lieux marescageux & humides, il y croist une plante nommée Ononhasquara, qui porte un tres bon chanvre, les Sauvagesses la cueillent & arrachent en saison, & l'accommodent comme nous faisons le nostre, sans que j'aye peu sçavoir qui leur en a donné l'invention autre que la necessité, mere des inventions, après qu'ils est accommodé, elles le filent sur leur cuisse, comme j'ay dict, puis les hommes en font des lassis & filets à pescher. Ils s'en servent aussi en diverses autres choses, & non à faire de la toile: car ils n'en ont l'usage ny la cognoissance.

Le Muguet qu'ils ont en leurs pays, a bien la fueille du tout semblable au nostre, mais la fleur en est toute autre: car outre qu'elle est de couleur tirant sur le violet, elle est faicte en façon d'Estoille grande & large, comme petit Narcis; mais la plus belle plante que j'aye veue aux Hurons (à mon advis) est celle qu'ils appellent Angyahouiche Orichya, c'est à dire, Chausse de Tortue: car sa fueille est comme le gros de la cuisse d'un Houmard, ou Escrevice de mer, & est ferme & creuse au dedans comme un gobelet, duquel on se pourroit servir à un besoin pour en boire la rosee qu'on y trouve dans les matins en esté, sa fleur en est aussi assez belle.

J'ay veu en quelque endroict sur le chemin des Hurons de beaux Lys incarnats, qui ne portent sur la tige qu'une ou deux fleurs, & comme je n'ay point veu en tut le pays Huron aucuns Martagons ou Lys orangez comme ceux de Canada, ny de Cardinales, aussi n'ay je point veu en tut le Canada aucuns Lys incarnats, ny Chausses de Tortues, ny plusieurs autres especes de plantes que j'ay veues au Hurons (il y en pourroit neantmoins bien avoir sans que je le sceusse). Pour les Roses, qu'ils appellent Eindauhatayon, nos Hurons en ont de fort simples, mais ils n'en font aucun estat, non plus que d'aucunes autres fleurs qu'ils ayent dans le pays: car tout leur deduict est d'avoir des parures & calfiquets qui soient de duree.

De passer outra à descrire des autres plantes qui nous ont esté monstree & enseignees par les Sauvages: ce seroit chose superflue, & non necessaire, comme de parler de la richesse & profit qui provenoit des cendres qui se faisoient dans le pays, & se menoient en France, puis qu'elles ont esté delaissees, comme de peu de rapport, en comparaison des fraiz qu'il y convenoit faire, bien qu'elles fussent meilleurs & plus fortes de beaucoup, que celles qui se font en nos foyers.

La misere de l'homme est telle, & particulierement de ceux qui n'ont pas la gloire de Dieu pour but & regle de leurs actions, qu'ils n'aspirent toujours qu'aux choses de la terre qui peuvent seulement donner quelque assouvissement au corps & non en l'esprit, que Dieu seul peut contenter.

Au retour de mon voyage, lors que je m'efforçois de faire entendre la necessité que nos pauvres Sauvages avoient d'un secours puissant, que favorizast leur conversion, & qu'il y avoit cent mille ames à gaigner à Jesus-Christ. Plusieurs mal-devots me demandoient s'il y avoit cent mille escus à gaigner aupres: voulans dire par là, que la conversion & le salut des ames ne leur estoit de rien, & qu'il n'y avoit que le seul temporel qui les peust esmouvoir à l'ayde & secours dudict pays. Voicy donc, ô mal-devots, les thresors & richesses ausquelles seules vous aspirez avec tant d'inquietudes. Elles consistent principalement en quantité de Pelleteries, de diverses especes d'Animaux terrestres & amphibies. Il y a encore des mines de Cuivre qui ne devroient pas estre mesprisees, & desquelles on pourroit tirer du profit, s'il y avoit du monde & des ouvriers qui y voulussent travailler fidellement, ce qui se pourroit faire, si on avoit estably des Colonies: car environ quatre-vingts ou cent lieuës des Hurons, il y a une mine de Cuivre rouge, de laquelle le Truchement me monstra un lingot au retour d'un voyage qu'il fit dans le pays.

On tient qu'il y en a encore vers le Saguenay, & mesme qu'on y trouvoit de l'or, des rubis & autres richesses. De plus quelques-uns asseurent qu'au pays des Souriquois, il y a non seulement des mines de Cuivre rouge, mais aussi de l'Acier, parmi les rochers, lequel estant fondu on en pourroit faire de tres-bons trenchans. Puis de certaines pierres bleuës transparentes, lesquelles ne vallent moins que les Turquoises. Parmy ces rochers de Cuyvre se trouvent aussi quelques fois des petits rochers couverts de Diamans y attachez: & peux dire en avoir amassé & recueilly moy-mesme vers nostre Couvent de Canada, qui sembloient sortir de la main du Lapidaire, tant ils estoient beaux, luisant & bien taillez. Je ne veux asseurer qu'ils soient fins, mais ils sont agréables, & escrivent sur le verre.


De nostre retour du pays des Hurons en
France, & de ce qui nous arriva
en chemin.

CHAPITRE V.