Il n'était pas un faubourg usinier où l'image du chevalier Pollux, aux traits fortement accusés, ne se dessinât ostensiblement; elle fut recouverte par les affiches de la mobilisation; cette ombre s'évanouit dans la tragédie naissante; seuls, quelques portraits demeurèrent, sales et décolorés, sur des murailles de banlieue, attestant la valeur de toute gloire humaine.

La guerre fit de Pollux un soldat imprévu, peu discipliné, mais d'une élasticité surprenante, apte à toutes les besognes, prêt à tous les coups de main, Fregoli de la bataille, à la fois éclaireur, grenadier, homme de liaison, souvent heureux et toujours assoiffé.

Pollux se devait de se joindre à la bande vigoureuse des défenseurs de Calonne et des conquérants de 304; il suivit Un Tel dans toutes ses aventures; chose étrange, il ne se signala pas en des combats singuliers; il n'eut pas à son actif un fait d'armes exemplaire. Ce familier de la gloire semblait la délaisser; il se battait dans l'ombre, avec obstination, simplement, durement, comme les camarades, souffrant de l'hiver et des bourrasques, couvert de vermine et de terre.

Néanmoins, il eut son rôle dans le formidable mécanisme de la guerre; il soutint, à sa manière, le moral de ses camarades; il contribua à leur donner une âme égale et forte par sa verve endiablée. Les pirouettes dont il ornait ses discours valaient certes, aux yeux des soldats, en des saisons de particulière amertume, les plus fiévreux des encouragements.

Alors que les obus creusaient dans la tranchée de vastes entonnoirs, tandis que les escouades effrayées se terraient, Pollux, une cigarette aux lèvres, demeurait à son poste, avec forfanterie. N'avait-il pas encouru de plus redoutables périls au cours de sa vie cinématographique, quand il combattait dans un imaginaire Alaska contre de modestes figurants transformés en de féeriques chercheurs d'or?

Ainsi, cette transposition de l'irréel en son existence courante lui était une magnifique occasion de bonheur; il se croyait toujours devant l'objectif, prêt à inscrire sur la pellicule immortelle un geste héroïque.

Pollux avait le cœur et l'esprit d'un gavroche:

—Où tombent actuellement les obus? faisait demander le capitaine que le bombardement inquiétait.

Et l'infatigable farceur de répondre:

—Dis-lui qu'ils tombent par terre.