Le pays des fruits d'or

Et des roses vermeilles.

Nul doute, on était toujours en terre française, et ce chant attestait la joie d'un cuistot voyant bouillir le jus matinal.

Alors, inflexible et correct, en quelques phrases lapidaires dont la perfection est à l'honneur de notre Sorbonne, le Français s'assura de la personne ahurie de son adversaire.

Ce ne sera pas sans un légitime orgueil que, plus tard, le cavalier Courtejambe, grave bibliothécaire revenu aux poussières de ses livres, contera aux enfants éblouis de sa petite ville l'arrestation qu'il fit d'un très authentique fantassin allemand à vingt kilomètres en arrière de nos lignes.

Un Tel donne raison à ce Français qui, peu doué pour les combats, préféra brouetter des boîtes de potage que de se perdre et de perdre la France en des discussions byzantines alors que le Barbare éventrait nos portes du Nord.

En ce doux pays qui est le nôtre, où l'on se bat à qui aura l'honneur de se battre, toute chose ayant actuellement sa juste place, il est bien que chaque veilleur posté au créneau soit doublé à l'arrière d'un auxiliaire dévoué qui lui prépare sa vie et lui recharge ses armes.

Mais il est, hélas! un extrême arrière démoralisant où fleurit l'amateurisme de la guerre. De jeunes hommes y jouent avec élégance le rôle du soldat, voire même ils en tirent d'inestimables succès. Ces bataillons d'inutiles paralysent l'effort public, ils sont une source d'inquiétude et de rancœur pour le combattant, lequel avec raison souffre qu'un peu de gloire ennoblisse des usurpateurs.

Courtejambe, modeste et dévoué, participe à la servitude des armées sans en connaître la grandeur, alors que les amateurs de la guerre, dans leur orgueil criminel, ne veulent en goûter que les fruits dorés.

De tout temps, l'amateurisme fut une petite fièvre qui, ne nuisant à personne, ravissait son heureux possesseur. L'amateur, sans chercher vainement à découvrir le mystère et la science des choses, pratiquait tous les métiers avec candeur et touchait aux arts prestigieux en souriant. Quitter la besogne coutumière, être parfois un homme nouveau, tel était le rêve de l'amateur; il le réalisait le dimanche sans prétention, avec cette bonhomie bourgeoise qui est une des parures de notre caractère national.