— Oh Victoire, c’est indigne ! et deux grosses larmes perlèrent dans les yeux d’Isabelle Marlotte, que Marguerite entraîna vers la table, mettant fin à cette querelle qui s’envenimait.
— Notre thé se refroidit, hâtons-nous de baptiser mon fils ; voilà le Compère, soyez toutes les Commères, donneuses de ce qu’il vous plaira ; mais je supplie Victoire de n’être pas, par rancune, la fée Carabosse de notre baptême.
Les Sèvriennes se pressent autour du poupon, déjà revêtu d’une culotte, taillée dans un mouchoir.
— Je te donne l’esprit, la bonté, l’éloquence, la veine. Et vous, Victoire ?
L’austère Victoire hésite ; décidément il lui est cruel de souhaiter le bonheur à cette poupée qui vient de d’Aveline, mais il ne faut pas désobliger une compagne gentille !
— La Beauté, murmure-t-elle.
— Vous me volez, qu’est-ce qu’il me reste alors ?
— Donne-lui ton cœur, répond Berthe, avec un baiser à l’enfant qu’elle pose triomphalement sur le sucrier. Et baillez-moi la saucisse ou les cornichons.
— Boudiou ! fait Thérésa qui entre, est-ce que j’arrive trop tard, on ne débine plus !
Pendant quelques instants, le silence de la petite chambre n’est troublé que par le bruit des cuillers, remuant le sucre dans les tasses brûlantes, les mâchoires dévorent ; puis, la première faim apaisée, tandis que Berthe, à califourchon sur une chaise, grille une cigarette qu’elle vient d’allumer à celle de Thérésa, Renée distraitement joue avec le poupon :