— Vous oubliez, ma chère, fait l’autre froissée, que vous serez professeur, qu’il vous faut une doctrine, que vous en serez responsable. Pourquoi ne pas vous arrêter à celle que vous voyez à l’œuvre.
— Qui moi, épouser le Stoïcisme ! Ah ! ben j’en ai soupé de cette doctrine, depuis que j’ai vu les gens d’ici se murer le cœur.
Le Stoïcisme ! c’est une doctrine de vieillards, pour qui la résignation est une fin !
Mais quand on a toute la vie devant soi, qu’elle vous appelle, les bras ouverts, moi je m’élance avide d’espoir… et si je tombe, je n’ai pas honte de pleurer.
— Ne blâme pas le Stoïcisme, ma chérie, fait gravement Isabelle Marlotte, dont la figure pensive prend soudain une expression douloureuse. Nos âmes, parce qu’elles sont trop neuves, ne le comprennent pas et le jugent inhumain. Les Stoïciens sont des héros, la grandeur d’âme chez eux, ne peut se mesurer qu’à la taille des événements.
Savons-nous au prix de combien de larmes secrètes, de douleurs cachées, celle que vous repoussez a acquis le droit de proclamer sa Force ?…
Assise au coin du feu, Marguerite chantonne, à la poupée endormie, une berceuse de Schubert ; le bois crépite, éclate, l’eau bouillonne, les esprits mystérieux du feu et de l’eau accompagnent la musique de leur rythme léger.
Dormez, dormez, celle qui vous aime,
Veille sur vous, mes chères amours.
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