Là-bas, dans la tiédeur du jour qui tombe, le jet d’eau chantonne ; son âme, captive sous un réseau de perles, redit les paroles anciennes et qu’on sait un peu folles. Sur l’aire blonde de la cour, tombent les premières feuilles mortes ; mais tout le sang de la terre monte dans les arbres du parc, qu’un émoi, un frisson, inconsciente mélancolie des choses, transfigure, comme un visage qui se pare d’une fraîcheur éclatante aux approches de la mort…
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Debout, à la fenêtre de sa nouvelle chambre, Marguerite Triel regarde les coteaux d’alentour, couverts de leur « toison fauve ». On ne verra plus briller, le soir, les petites lumières des maisons closes ; Saint-Cloud se dénude ; seule, la croupe de Brimborion est encore verdoyante.
Tout est triste ! Elle regarde songeuse. Est-ce bien là ce paysage radieux dont le souvenir l’enchantait la veille encore ; et cette chambre, cette cellule de béguine, au papier sali, à la cretonne déteinte, à l’accueil hostile, c’est là qu’elle va vivre toute une année. Quoi, c’est cela qu’elle regrettait !
La déception de ce retour l’oppresse comme un chagrin ; n’y tenant plus, Marguerite abandonne ses affaires, glisse son journal dans le tiroir de la table, et vite s’enfuit embrasser Mlle Vormèse, puis chercher dans leurs chambres, ses compagnes arrivées avant elle.
N’ayant trouvé personne, Marguerite s’installe pour attendre, au tournant de l’escalier. C’est une montée, une dégringolade perpétuelle de Scientifiques et de Littéraires, qui toutes, gamines en dépit de l’âge, n’ont jamais eu le temps d’apprendre la marche lente, et le rythme d’un pas léger.
— Bonjour ma chère ; comment allez-vous ? Quelle mine superbe ! Hein, contente de rentrer ?
— Ma foi non.
— Et pourtant ce cher Pâtre et le jeune Criquet !
— Encore bouquiner, oh ! là là !