A SÈVRES, LE JOUR DU RÉSULTAT
La chaleur écrasante de juillet tombe sur l’école silencieuse. Rien ne bouge, seuls les coqs persistent à chanter midi. On dirait que les heures, pauvres oiseaux redoutés, se refusent à courir au-devant du crépuscule.
C’est le dernier jour de l’examen oral à Sèvres. Le résultat sera connu vers quatre heures.
L’École normale supérieure de l’enseignement secondaire des jeunes filles, fondée en 1880, occupe, dans la petite ville de Sèvres, les bâtiments quasi royaux de l’ancienne manufacture.
La bâtisse, coûteusement rapiécée, est d’une belle ordonnance ; de la rue, personne ne s’y trompe, et tout le monde la prend pour la Gendarmerie nationale.
Cent vingt fenêtres étirent leur ombre immobile, sur la blancheur d’un mur à quatre étages. La façade rigide, très Louis XIV, avec son correctif Liberté, Égalité, Fraternité, s’adosse au coteau. Le parc, au deuxième étage, réunit, comme un toit de verdure, les deux ailes trapues.
Point de jardin, mais une cour seigneuriale plantée de jeunes sycomores, toute sablée : plage fulgurante aux soleils de midi, champ de glace aux premiers rayons de lune.
Comme une terrasse de château-fort, elle a ses douves et ses ponts. Pour unique fleur, un jet d’eau ouvre son calice vers le ciel, éphémère épousée, qui retombe pâmée, d’avoir cueilli le pollen des étoiles.
La fraîcheur de l’eau ne monte pas vers ce parc, si étroit qu’on dirait une haie de verdure, bordant les chemins escarpés, qui lacent un mur à l’autre. Une voûte de feuillage file vers une ruine pittoresque, celle du pavillon Régnaud, mitraillé par les Prussiens, toute vénérable aujourd’hui, sous ses bouffettes blanches et ses traînées de lierre.
Une autre bicoque historique, le pavillon Lulli, avec ses petites vitres d’église et son toit moussu, garde, dans la solennité du lieu, un air vieillot de rendez-vous galant. L’entrée en est interdite aux Sèvriennes.