Les examens oraux, qui amènent chaque année à Sèvres une cinquante d’admissibles, se passent dans les classes.
Pendant trois jours, c’est un va-et-vient inusité, dans le grand couloir pavé de briques rouges, où tant de pas ont tracé leur sentier rose.
Tables, chaises, petite chaire avec son tapis vert, voilà tout le mobilier d’une classe : à peine y retrouve-t-on un léger parfum de femme. C’est là que les Sèvriennes préparent leur carrière de professeur, hypnotisées longtemps à l’avance par ce but poursuivi : être licenciées ! agrégées !
Dans ces classes nues, rien ne vient distraire leur regard, si ce n’est la grâce rythmique des mouches qui dansent, des hirondelles jetant sur le ciel bleu une trame noire, qu’elles brodent d’un coup d’aile, et rebrodent sans cesse.
Mais jour et nuit, dans la maison, le jet d’eau chuchote, chuchote ; une goutte redit à l’autre la joie de vivre et de n’être plus. Et quand vient le soir, son âme éparpillée, au seuil des portes closes, sanglote, sanglote, de ne pouvoir aimer.
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Les Sèvriennes achèvent de déjeuner, on n’entend que bruits de fourchettes, d’assiettes ramassées. Dehors, les aspirantes sortent des restaurants voisins et rentrent à l’école, où leurs examinateurs fument une dernière cigarette, sous les arbres de la cour.
La plupart des admissibles viennent du lycée Fénelon. D’autres arrivent des lycées de Toulouse, Lyon, Alger, Montauban. Les Méridionales, avec leurs robes trop claires et la volubilité de leurs paroles, apportent une note gaie au milieu des préoccupations égoïstes ou féroces de l’examen.
Didi, Victoire Nollet, Madeleine Bertrand, Jeanne Viole, Berthe Passy, sont admissibles à l’oral. Marguerite Triel l’est aussi, mais son amie, Charlotte Verneuil, a « bafouillé » dans ses problèmes de physique ; elle est ajournée.
Berthe Passy, qui a déjeuné dans le parc, d’un morceau de pain et d’une tranche de saucisson, se promène en faisant tout haut ses petits calculs de probabilité.