— Allons, que je refasse ma liste : c’est certain, Adrienne Chantilly entrera première, elle a la cote d’amour ; qui sera seconde ?…
Jeanne Viole ou Victoire Nollet ?
Jeanne a bien lu son La Fontaine, elle a eu des réminiscences heureuses, elle a eu quelques gestes élégants, et d’Aveline n’a point paru insensible au charme de ses deux fossettes.
— Ouais ! mais Victoire a exposé la campagne d’Italie avec une science épatante : corps d’armées, généraux, position des troupes, effectifs, marches, contre-marches… elle savait tout. Et son laïus sur les Stoïciens ! Elle mérite 19 comme rien. Je lui donnerais donc le no 2, mais avec sa binette, elle aura le 3. Moi je garde le 4 ; la natte de Bertrand lui vaudra le 5 ; quant au reste, je m’en bats l’œil !
— Ah mais, et cette grande blonde de Sévigné, Triel, je crois, quel chic type ! où la logeront-ils ?
Le cas lui paraît embarrassant ; mais certaine de la solidarité qui unira, sur la liste, les noms de son lycée, Berthe tire la langue, en gamin qui ne cherche plus, et tout d’une traite, déjà chez elle, dégringole un sentier du parc.
Justement, M. Jérôme Pâtre, l’examinateur de philosophie, essayait, sur une petite table, une réussite. Surpris par la dégringolade de cette aspirante sans façon, il remet ses cartes dans sa poche, se lève, sourit avec bonhomie, et s’en va.
— Eh ! bien, en voilà une ! Jérôme qui se fait des réussites ! Est-ce que, par hasard, il jouerait au sort les refusées ! Les anciennes m’ont bien dit qu’il voudrait nous recevoir toutes, pour ne causer de chagrin à personne. Dieu que ces philosophes sont naïfs ! gageons qu’il planterait là le célibat, s’il pouvait aussi nous épouser toutes.
Cette idée, sans doute, lui semble prodigieuse, car elle tombe sur un banc et rit à se tordre : quelques aspirantes, qu’attire l’hilarité de Berthe, s’approchent ; déjà l’histoire de Jérôme a fait le tour du parc.
Très communicatives, les méridionales racontent leurs aventures à Paris. Thérésa dit que, de Tarbes à la gare d’Orléans, elle a voyagé avec les confrères de la rue d’Ulm ; on a parlé de Bersot et de Mme Jules Ferron, on a déjeuné ensemble, et l’on doit se revoir au quartier Latin.