— Eh quoi Mme Jules Ferron ?…
— Non, ce n’est pas elle que je regrettais, c’est ce milieu où tout nous élève, où naturellement, on arrive à modeler sa vie sur les vies qu’on admire, où l’effort est joyeux, où le travail est une forme du bonheur.
Ici, j’ai une autre âme, d’autres yeux. Ici tout ce qui est beau m’entraîne. Je suis fière d’appartenir à l’École, de préparer ma carrière de professeur, de vivre libre, d’une vie laborieuse, qui sera féconde pour moi, pour les autres.
Là-bas, j’ai l’âme recroquevillée ; je suis les autres en silence. Comme la route m’a semblé longue !
Berthe attristée écoute son amie ; cet aveu de Marguerite lui va droit au cœur, elle sait les tristesses de l’avenir, mais courageusement elle veut les ignorer, aller droit au but, sans se soucier de l’escorte qui l’accompagne, des pays qu’il faudra traverser.
— Allons, Marguerite, demain tu auras oublié ton ennui. Nous voilà chez nous, arrange ta chambre, sors tes livres, je t’apporte des fleurs de Barbizon ; demain tu retrouveras tes professeurs, tes triomphes de Sèvrienne.
Allons, allons, en avant pour la Licence…
Marguerite reste songeuse, son regard semble chercher quelque chose qu’elle ne retrouve pas.
— Ne trouves-tu pas l’École changée ?
— Mais non, l’État n’a point retapé notre caserne ; je revois des murs qui suintent, des murs qui croulent.