Dans la promotion de Charlotte, il y a deux ou trois petites qui sont follement amoureuses de M. Leuris, l’illustre poète mathématicien, une tête de Christ en croix. La jeune Élodie, de Marseille, est la plus enragée ; elle embrasse éperdument sa chaise, et lui glisse des billets doux dans les poches de son pardessus.
« Graine de Mme Putiphar », l’appelle ma Lolotte.
Une autre a des extases, quand elle écoute notre chère Mlle Vormèse jouer du César Frank.
Pauvres petites, elles ne savent où placer leurs aspirations. Celles-là souffrent, on ne les écoute pas. Mais que penser de la conduite d’Angèle Bléraud, qui est à la dévotion de Jeanne Viole ; chaque fois que l’une rentre dans sa chambre, l’autre l’y suit ; en étude, le soir, Angèle Bléraud la tient par la taille, leurs têtes unies lisent ou ne lisent pas. On les laisse seules, alors rien ne les gêne.
Jeanne fait courir le bruit d’une conversion entreprise ! ô Monsieur Cupidon, que penses-tu de celle-là ? en attendant, ce sont les œuvres du beau Paul Réjardin, qui fournissent prétexte à de si pieux colloques.
Réjardin, qui fait son petit Tolstoï, est si à la mode à Sèvres, que chaque jeudi, Adrienne Chantilly obtient d’aller suivre son cours de morale au Collège de France.
Peut-être, avec lui, trouvera-t-elle cette vérité qu’en vain on cherche ici.
CHAPITRE III
Lettre de Berthe Passy à M. Jules Passy, son père, homme de lettres, aux Batignolles.
« 8 novembre 189 .