» Leur amour étalé n’a même pas l’excuse d’une bestialité superbe. Lui est un maître d’expérience, dit-on, elle une écolière bien disposée, qui grille de lire chaque jour un peu plus loin.
» L’amour satisfait ne les a point transfigurés ; au dehors, ils sont eux aussi, médiocres et méchants.
» En somme, voilà bien des griefs contre les gens qui gâtent ma vie de professeur. Ce serait peu de trois mois d’enseignement, pour vous livrer une opinion justifiable ; mais j’ai à côté de moi l’honnête Toutebry, notre ancienne, une solitaire originale, qui ne vit que pour aimer, — avec un cœur où tout est maternel — une orpheline qu’elle a recueillie.
» Toutebry ne débine pas, mais elle moralise. Mon entendement fait la sourde oreille, pour qu’elle appuie d’exemples ses principes. Voilà six ans qu’elle est à Mamers, elle appelle sa vie universitaire : l’émasculation de l’esprit, l’exaspération des sens.
» Voilà de bien gros mots. Je ne vous les dirais point, si notre Jérôme ne nous avait donné le goût du mot propre. Tout ceci, mes chéries, n’est ni une plainte, ni un appel à votre commisération. Je suis bien au-dessus d’une déception, qui me force à n’être qu’une doublure, quand je m’attendais à être premier rôle.
» C’est un cri d’alarme, un avertissement amical de votre aînée, qui vous affirme que cette vie livresque et rêveuse de l’École, si attrayante pour vous, est une mauvaise préparation à la lutte pour la vie.
» Si vous n’avez point les muscles d’Achille, pour assommer l’ennemi, il faut acquérir la ruse d’Ulysse, et bien vous mettre en tête qu’il n’y a que Mme de Maintenon pour duper les familles et l’Université.
» Amen !
» Embrassez-moi vite, pendant que j’ai encore le courage d’être franche.
» Votre