Allons donc !…

— Vous exagérez, mon chat, mais en serait-il ainsi, qu’ayant pour moi ma raison et ma conscience, je ne céderais devant personne !

— Alors on vous brisera.

Singulier réveillon ! autour de l’Enfant divin apportant au monde l’espoir, de jeunes âmes s’inquiètent, mûries par l’étude, et surprises par la vie. Leurs regards se dispersent, sans qu’un seul tombe sur le Dieu qui s’éveille : Jésus, dans cette nuit de décembre, n’est plus qu’une effigie, ou qu’un symbole.

Au bout d’un moment de silence, Marguerite reprit :

— Le zèle est un danger pour l’œuvre que l’on poursuit. Notre devoir est bien net : l’État exige de nous un enseignement de tolérance et de bonté. Il nous est interdit de prêcher un culte de chapelle, mais nous sommes libres d’affirmer nos idées et de gagner à notre cause les élèves qu’on nous donne.

L’État n’a point prévu que nos républiques de femmes seraient de petites tyrannies ; crier et se révolter aujourd’hui ne sert de rien. Nous aviserons quand nous serons directrices.

Pourquoi ne pas accepter d’avance une vie qui forcément sera solitaire, une vie qui sera belle, désintéressée, utile à d’autres, et dont nous avons joliment le droit d’être fières, puisqu’elle est notre œuvre.

Si nous ne trouvons pas autour de nous la bienveillance, si l’hypocrisie nous empêche d’être vraies, le mieux n’est-il pas de sauvegarder son quant à soi, en cultivant à l’écart le jardinet qu’ensemencent nos rêves, nos souvenirs, nos affections. Attendre que les jours passent entre ses livres, ses fleurs, sa petite lampe… et son lit de jeune fille.

— Dis donc, Margot, dans ton ménage, tu n’oublies que le chien, l’ami des malheureux ! Mais voyons, regardez-moi toutes, vous avez fait vœu de célibat ? Vous réclamez une protection, prenez un mari,… un mari, (et Charlotte, railleuse, semble un tout petit peu émue à la vision exquise que ce seul mot évoque pour elle) vous fera pardonner tant de choses.