L’autre soir, elle est tombée en pleurs aux genoux de la vieille Lonjarrey, qui lui a difficilement arraché son secret !! courir, à la nuit tombante, à cette terrasse du parc qui domine la route, se jeter par dessus la balustrade, et mourir là, au seuil de son école.
Elle s’entend au mélodrame ; quel coup de théâtre, quel « rataplan de convoi », comme dit Berthe.
Ce qu’elle y gagne (il faut tout ramener à cela avec Jeanne Viole), c’est que Bléraud ne la quitte plus, que Mlle Lonjarrey et les autres surveillantes multiplient les tournées, redoutant le scandale d’une alerte. Pour lui rendre le goût de la vie, ici on est prêt à tout.
Pas bête la petite !
30 décembre.
Adrienne Chantilly vient de jouer un beau tour à Jeanne Viole, qu’elle ne peut souffrir. Lasse de l’entendre citer, à propos de tout, les paroles du beau moraliste Paul Réjardin, elle s’est fait présenter à lui, et sait pertinemment que Jeanne Viole ment quand elle dit être « sa petite amie ».
Il faut voir la belle Didi se panader à son tour, quand elle parle de l’Homme exquis, de l’âme délicate, qui opère tant de sauvetages féminins, à son cours du jeudi. Serait-il flirt ?
Charlotte et moi nous initions Henri à ces petites comédies de harem ; mais c’est curieux, il ne rit pas de ces calculs (fourberies ou coquetteries) qui nous amusent. Il a une telle idée de la droiture et de l’honneur, qu’il n’admet pas qu’on puisse badiner, encore moins tromper. Ces jeunes filles lui sont odieuses, il excuserait presque le vice d’Angèle Bléraud, abominable, mais sincère.
Henri a raison : porter fièrement son âme dans ses yeux, et marcher droit dans la vie ; j’aime l’intransigeance morale de mon ami.
1er janvier soir, 189 .