Réponse de Berthe Passy à Mlle Renée Diolat, professeur agrégée au lycée de Mamers.

« Sèvres, 15 janvier 189 .

» Hélas ! pauvre museau joli, te voilà fourvoyée chez Mme Jocrisse-Céladon ! Tous nos vœux t’accompagnent, j’espère qu’un homme de goût te fera issir au plus tôt de ce pays-là.

» Ta lettre rabat le caquet à bien des illusions ! On s’en pourléchait déjà de cette bonne petite vie de professeur : Isabelle devait potasser, Marguerite rêvasser, Charlotte tricoter, et moi, arpenter les confins du territoire.

» Mais à ce que je vois, si l’on m’expédie à Mamers, j’aurai garde de bouger, les mazettes de l’endroit crieraient : au rendez-vous.

» Franchement, ma vieille, si c’est pour faire de nous des chiens attachés, mieux vaut le dire tout de suite ! Moi je suis de l’espèce loup, et loup rageur encore. Gare à qui s’avisera de me passer la main sur le dos, je lui plante mes crocs, au bon endroit.

» Nous vivons à Sèvres dans une indépendance hautaine, je rougis des platitudes auxquelles on te condamne !

» Tu as le courage d’en rire, moi je m’insurge, la résignation est une vertu pour les lâches et les impuissants ; l’injustice me fera faire le coup de feu.

» Laisse-moi te dire, mon vieux zig, qu’à l’École, tu n’as pas eu l’heur d’être approuvée par nos petites « Première ».

» Tu n’es plus dans la note.