— Moi, fait Hortense, en bonne méridionale qui accentue les muettes, j’adore-e Mlle Chantilly, quelle-e voix, quels yeux, et une bouche-e, et une grâce-e.
— Si vous en êtes amoureuse, foi de Passy Berthe, garde à vous, mademoiselle, il faudra vous battre avec tous vos professeurs !
Drelin, drelin, drelin, drelin, din, din, din, din !
La cloche sonne furieusement, aux abois. C’est la fin de la dernière récréation. Les classes se remplissent, le public s’assied derrière les tables, chaque aspirante, à son tour, se place à côté de la chaire, en face du professeur qui l’interroge.
Salle de Philosophie.
M. Jérôme Pâtre, debout sur l’estrade, gesticule, et laisse à Mlle Bertrand, trop émue, le temps de se remettre. Elle tousse, retousse, ne sachant pas un mot de son sujet : les Lois. La salle reste silencieuse, quelques vieilles dames écrivent, pour des journaux, les questions et les réponses. Près de la fenêtre, une dame à cheveux blancs, mal coiffée, petite, boulotte, les yeux vifs et les joues roses, suit l’examen de près ; c’est Mme Jules Ferron, directrice de l’École de Sèvres, veuve du grand orateur de la République. Elle laisse tomber un regard sévère sur Mlle Bertrand qui « joue de la natte ».
— Voyons, mademoiselle, fait M. Jérôme Pâtre, indulgent, ne vous troublez pas ainsi. Remettez-vous, je vous prie… Nous disions donc que le caractère d’une loi…
— Le caractère d’une loi, ânonne Madeleine, c’est d’être… elle tousse, tousse, suffoque.
Très ému, M. Jérôme Pâtre lui offre son verre d’eau : Madeleine en boit quelques gorgées et repousse le verre du côté de l’examinateur. M. Pâtre perdant contenance, s’assied et tresse la frange du tapis vert.
— Allons ma vieille, lance-toi, se dit l’aspirante, à bout de ressources…