Et continuant la phrase commencée :

— Le caractère d’une loi, c’est d’être absolue, universelle, catégorique. — Kant a défini le devoir l’impératif catégorique, par opposition à l’impératif hypothétique qui est…

Elle continue, récite son manuel, travesti par ses souvenirs, reprend son bel aplomb et s’arrête au bas de la dernière page.

— Merci, mademoiselle, fait M. Jérôme Pâtre ; il pousse un soupir, marque une note, sous l’œil de Mme Jules Ferron de plus en plus sévère, puis regardant l’auditoire amusé :

— Mademoiselle Triel est-elle ici ?

Marguerite se lève et vient s’asseoir en face de lui. Elle est habillée simplement : une robe de serge noire, égayée d’un collier de velours bleu, souligne discrètement sa distinction et sa beauté. M. Pâtre suit avec complaisance la grâce de ses mouvements, et près de la fenêtre, les yeux sévères s’adoucissent :

— Voyons, mademoiselle, dites-nous ce que c’est que la Politesse.

L’aspirante se recueille, groupe ses idées, et dans un ordre simple, définit ce qu’on appelle généralement la politesse ; distingue la vraie politesse de la fausse, indique les dangers de la flatterie, et de la franchise brutale ; s’appuie d’exemples pris dans la littérature et dans l’histoire. Comme elle paraît regretter la politesse d’autrefois, M. Jérôme Pâtre s’emballe, et citant Saint-Simon, lui rappelle ce que cache le masque hypocrite de cette politesse parfaite.

Sans se troubler, Marguerite Triel discute, reconnaît la bassesse des courtisans, mais s’appuie sur l’étude de mœurs de la Princesse de Clèves, pour montrer que dans la vie mondaine, on ne retrouve plus le respect, témoigné sous une forme aussi délicate, aussi courtoise qu’autrefois.

L’examinateur prend plaisir à la discussion. Tous deux s’animent, le public lui-même est pris. Marguerite remporte un véritable succès, et Charlotte l’entraînant, lui crie :