LA MORT DE CHARLOTTE

Un frisson secoua toute l’École, quand, au sortir des cours, on apprit que Charlotte était morte.

Un long sanglot monta de tous les cœurs, vers cette petite chambre où, presque seule, si loin des siens, une Sèvrienne venait de mourir.

On l’aimait pour sa joie, pour l’allégresse de sa vie laborieuse, pour l’espoir qu’elle donnait, à chacune de connaître un jour le logis qui s’égaie au rire des petits enfants. Son bonheur n’avait pas de jaloux.

La voilà morte !

Ce fut un long gémissement chez ses compagnes, qui s’enfuirent pleurer dans leur étude, tandis que les autres, dans une morne épouvante, restaient là sans rien dire, sans une interrogation, rendues stupides par cette mort foudroyante.

On la savait à peine malade. Et puis, est-ce qu’on meurt à vingt ans ? Est-ce que la jeunesse n’est pas plus forte que la mort ? A leur chagrin se mêlait l’effroi d’un coup imprévu. Ainsi la mort rôdait autour d’elles. Pour la première fois, l’inexorable entrait dans la maison ; tout de suite elle s’était enfuie emportant, comme dans un rapt, ce jeune corps amoureux de vie, qui ne connaîtrait maintenant d’autres caresses que cette horrible étreinte !

Un air de plomb étouffait les poitrines. Devant leurs livres ouverts, toutes pleuraient. Les plus fortes cherchaient à se reprendre, et l’une d’elles ayant voulu lire pieusement le Dies iræ à genoux, près de la place vide où Charlotte avait travaillé, elles écoutèrent en sanglotant, se joignant de tout leur cœur à l’appel désespéré qui montait vers Dieu.

Celles qui ne priaient plus, ouvrirent leurs livres, relisant, si près de la morte, une page de Socrate, de Lamartine ou de Guyau. Toutes les pensées montèrent vers elle, et dans l’invisible, l’âme de l’École posa sur son front, le fraternel baiser.

Un silence effrayant couvre cette maison blessée. Trop vieille pour sourire aux cris joyeux, elle a des larmes encore pour l’enfant qui connut à peine la douceur de son sein maternel.