— Une émeute ?
— Non un congrès, le Congrès féministe ! qui révolutionne tout le Paris des femmes, depuis huit jours ! Sans Madeleine Bertrand, de lointaine mémoire, je ne voyais rien ; je la croise sur le boul’Mich, en allant à Cluny. — Eh te voilà, quoi de nouveau, ça va bien à Sèvres ? — Parfaitement et toi ? — Moi ma chère, je suis reporter du grand journal féministe : L’Éveil. Je vais au congrès. — Tu m’emmènes ? — Je t’emmène. Sitôt dit, sitôt fait, nous voilà rue Serpente.
— A-t-elle toujours ses beaux cheveux, fit Adrienne ?
— Je crois bien, ça lui sert autrement que sa carte de presse.
Les Sèvriennes rient, il leur semble si original qu’une des leurs, d’autrefois, figure parmi les journalistes, pas sérieux, pensent-elles !
— Ça n’a pas été tout seul pour entrer là, continue Berthe, les étudiants en droit marchaient à l’assaut, avec des intentions qui n’étaient peut-être pas celles des Romains enlevant les Sabines.
Les sergots nous arrêtent, on se récrie sur la natte de Bertrand, enfin nous y sommes ; je vous fais grâce des madrigaux des titis parisiens, à l’adresse de mon cicérone.
Quel chahut là-dedans ! les femmes glapissent, sifflent, huent ; une virago tonitrue : « A la porte les hommes, n’en faut plus ! » La sonnette de sonner, de sonner.
Dis donc, Isabelle, ce n’est pas une raison pour jouer deux fois ; je vais chopper ta boule.
Berthe prend sa position, hardiment lance le maillet, la boule saute, carambole, revient en face de l’arceau.