— A mon tour, fait Thérésa.

— Dans la salle on ne voyait que des têtes, rien que des têtes, bouches ouvertes !

Savez-vous ce qu’elles réclamaient, toutes ces bouches ? La suppression de la guerre.

Oui, tout comme dans Aristophane, mais rassurez-vous : il n’y avait pas de Lysistrata pour donner de mauvais conseils.

Elles voulaient toutes monter à la tribune !

— Ça devait ressembler à des tribunes d’arracheuses de dents, les jours de foire ; y avait-il de la musique, demanda Isabelle.

— Comment donc ! ma vieille, et les bravos, et les sifflets, en voilà une musique de circonstance ! Quel auditoire, je n’ai jamais rien vu de pareil : sur les gradins, des potaches, des pipos conspuant des femmes ; dans la salle, la houle révolutionnaire des chapeaux : bérets de Montmartre, canotiers du Luxembourg, cabriolets du Salut, panaches des Boulevards, coiffures graves des institutrices, bonnets à fleurs des pipelettes, voire même un béguin de Florence, avec une ferronnière. Mazette, quelle jolie femme, pas besoin qu’elle cause pour convertir son prochain.

La beauté, voyez-vous, c’est l’éloquence des femmes.

— Ouf, remarqua Isabelle, heureusement que Victoire Nollet n’est pas là, tu es décourageante, Berthe.

Les boules se heurtent, se déplacent, endiablées elles aussi.