— Au premier rang des fauteuils, les vieux messieurs, naturellement ; quel ragoût de voir ces petites femmes pleurer, prier, s’indigner, sincères elles, ça les change du théâtre.
L’âge mûr s’était abstenu ; l’adolescence était frondeuse.
— Ces femmes, venues de tous les pays, réclament l’abolition de la guerre, au nom des arts et de l’industrie, au nom du pain quotidien, du droit de vivre pour soi, avant de vivre pour l’humanité.
— Cette raison pratique n’est-elle pas suffisante ? interrompit Marguerite. La guerre est un crime. A quoi bon élever si péniblement ses fils, pour en faire de la « chair à canon » et cela pour satisfaire l’égoïsme d’un homme ! La mort fait assez rude besogne sans qu’on l’aide. Je ne goûte pas beaucoup ces plaidoiries bruyantes, mais je suis de tout cœur avec ces femmes, quand elles réclament la pitié et la justice.
— Eh bien moi, je ne pense pas en femme là-dessus, ou bien j’ai des enthousiasmes de Spartiate. La guerre est magnifique ! ne me lynchez pas, fit-elle devant l’indignation de ses amies.
Je suis d’un pays où les fusils partent tout seuls, et ne vois rien de plus beau que cette offrande de sang, pour venger ou pour triompher.
Oui, je le veux bien, c’est un plaisir barbare, mais d’une splendeur farouche. Triompher dans sa force, dans son adresse, être de ceux qui n’ont pas peur, de ceux qui font trembler le monde et tiennent l’ennemi à leurs pieds. Comment n’être pas fanatique ! mais le jour où vous supprimerez la guerre, ce sera fini des hommes, il n’y aura plus que des lâches !
— Malheureuse, tu ne penses pas à ceux qui restent, qui souffrent.
— Et qui a dit que la souffrance, que la misère ne seraient pas nos éternels compagnons de route ? supprimez-vous la lutte pour la vie ?
Puis elle ajouta, railleuse :