— Connaissez-vous, mademoiselle, quelque chose de plus ridicule, qu’un cheval de fiacre qui s’emballe ? — Je vous remercie.
Des rires approbateurs fusent dans ce public de jeunes femmes ; vite on crayonne cette boutade ; seule, Madeleine ne comprend pas, et sort absolument certaine d’être reçue à l’examen.
Un instant de repos suit : d’Aveline encore une fois s’isole. Ces dames chuchotent, quel esprit ! quelle voix ! une musique à vous ensorceler ; regardez donc la blancheur de cette main, et les ongles ma chère ! Ne trouvez-vous pas, que cette barbe mousseuse a quelque chose de sculptural ? Oui, mais ces paupières retombantes, c’est bien laid ! il a beaucoup de talent, mais trop peu de cheveux.
— Oui, lance effrontément Berthe Passy à ses voisines en extase, il n’en a plus qu’un, mais il est solide, c’est le dernier des Mohicans.
« Chut, chut » voilà Mlle Lonjarrey qui amène Mlle Chantilly. Didi est très en beauté dans sa robe collante de drap bleu, un chapeau piqué de bluets, juste assez de poudre d’or pour relever l’éclat de ses cheveux frisés ; les lèvres sont imperceptiblement peintes, et les yeux, à travers les longs cils noirs, luisent comme de jeunes pousses d’avril. Beauté de juive qui a déjà le parfum violent, peut-être ignoré, de la courtisane.
D’Aveline, gracieux, la prie de s’asseoir, satisfait, après un rapide examen, de la tenue de l’aspirante.
— Sur quoi désirez-vous que je vous interroge, mademoiselle ?
Didi hésite, semble confuse d’une telle prévenance, puis relevant doucement les ailes épeurées de ses longues paupières :
— Sur La Bruyère, monsieur.
— Soit ; tenez, lisez-moi ce portrait de Catherine Turgot.