En dépit des restrictions qui entourent ce principe d’affranchissement, c’est bel et bien justifier toute révolte généreuse et sincère.
Ce fut au nom même de cette dignité morale, dont elle se faisait un idéal si fier, que Mme Jules Ferron ne craignit pas de développer ses principes jusque dans leurs conséquences extrêmes, admettant le mariage contracté aux portes de l’Église, mariage de deux consciences, de deux volontés libres, dont le caractère est aussi sacré que s’il avait reçu la sanction des lois.
Après le cours, on batailla autour de cette affirmation, qui dans la bouche de Mme Jules Ferron prenait une valeur singulière.
Chacune de ses paroles est une semence qui tombe sur cette terre labourée ; quelques Sèvriennes timides en face de l’opinion publique, écrasent ce germe avec mépris ; Victoire, protestante, comme tout esprit qui vit par le libre examen, reçoit le germe qui ne fructifiera pas dans une terre trop sèche. Berthe songe à des choses qu’elle ne dit pas, se souvenant peut-être des tristesses de son enfance.
Seule, Marguerite, dans le sillon douloureux que l’épreuve a déjà tracé, voit la graine s’ouvrir, le germe grandir, promesse de l’épi bientôt mûr. Elle défend, près de ses compagnes, l’idée du mariage libre, le jugeant en lui-même, non par les faits, trouvant, dans l’affranchissement de deux êtres qui s’aiment, une beauté qui les sauvegarde, une preuve de courage, digne à ses yeux de tous les respects.
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A l’heure où toute sa vie sera en jeu, avec une émotion profonde, Marguerite Triel se rappellera, qu’en obéissant à sa conscience, elle n’a pu démériter dans l’esprit de Mme Jules Ferron.
CHAPITRE XVIII
AU NOM DU DROIT
Lettre de Berthe Passy à son père.