L’étonnement se prolongea.

Quelques Sèvriennes se refusaient à l’examen des préjugés que tous nous suçons avec le lait de nos mères.

L’étude ouvre bien des cerveaux sans que la pensée s’élève. Scientifiques et Littéraires, beaucoup par égoïsme, renonçaient d’avance à lutter pour la justice.

Les meilleures s’ouvraient à un monde nouveau, ne craignant pas de suivre Mme Jules Ferron jusqu’où il lui plairait de les mener, s’armant pour la vie où demain elles entreraient seules.

Cependant quelques lèvres frémirent, stupeur ou révolte, d’entendre discuter le principe de l’autorité paternelle.

Si loin, si détachées même qu’elles fussent de leurs familles, par la lente désagrégation de l’école, aucune ne songeait à mettre en doute l’obéissance passive qu’exige l’affection ou les convenances.

Ce fut un choc.

Les regards se croisèrent, quelques fronts rougirent.

Mais aussi calme, aussi sereine dans sa conviction scrupuleuse, que s’il se fut agi d’expliquer une loi sur les murs mitoyens, Mme Jules Ferron, après un court historique, leur déclara que si elle approuvait la soumission des enfants à la sagesse, à l’expérience des parents, il y avait des cas, tel celui de l’article 151 du code civil (la loi exige le consentement des parents avant de procéder au mariage) qui demandait examen.

Dans un conflit de volontés, où la conscience est en jeu, elle n’hésite pas à affirmer que se soumettre passivement à l’autorité paternelle, c’est porter atteinte à la liberté, à la dignité inviolables de notre être moral.