D’une grande droiture de caractère, d’une volonté inflexible, la directrice de Sèvres ne peut admettre que comme une déchéance morale la soumission aux préjugés sociaux, le respect aveugle du Code.

Elle le sait, elle l’enseigne, bien des articles, imbus de l’esprit draconien, sont en opposition formelle avec l’idée de justice qui tôt ou tard doit triompher.

Par là, mais par là seulement, Mme Jules Ferron adhère aux revendications féminines. Son cours, net, froid, est une discussion tenace des articles du Code.

La grandeur de cet enseignement, qui pourrait être si aride, c’est de réclamer sans cesse au nom de la raison, de la conscience morale, l’équité de la jurisprudence. Mais sachant le prix des mots, et combien une parole vague trahit la pensée, Mme Jules Ferron discute prudemment, avec calme, cherchant le terme propre, qu’elle trouve avec une lenteur voulue, suivant jusqu’au fond des âmes le travail que suggère sa pensée.

Ses mains feuillettent le propre code de Jules Ferron, vénérable exemplaire sorti des presses de Didot, au lendemain de la promulgation du code civil, livre qui prend, lorsque sa voix s’anime, le caractère sacré d’une Bible.

Elle examine, commente chaque article dans une causerie dialoguée, rappelant les entretiens philosophiques du mercredi. Elle reste, pour les Sèvriennes, un Socrate jusque dans la forme de son enseignement, qui s’illustre parfois, comme tout livre de sagesse, de quelques imageries : Jules Ferron m’a raconté ceci… ou bien, une personne vint lui confier…

Au cours des semaines précédentes, il fut question de la naissance.

Avec une largeur de vue surprenante, cette femme, si peu mère par la tendresse expansive, mit une réelle émotion à discuter l’inégalité civile que la loi établit entre les enfants légitimes et les enfants naturels, protestant contre ce mot, « naturels, » presque une tare, et réclamant dès 1880, l’égalité des droits entre les enfants, issus ou non, du mariage.

Jugeant toutes choses de très haut, Mme Jules Ferron ne craignait pas d’appeler l’attention des Sèvriennes sur les sujets les plus délicats, en les forçant à réfléchir sans pruderie, aux conséquences odieuses des préjugés que la loi sanctionne.

Ce fut une grande surprise aux premiers cours de droit, Mme Jules Ferron se révélait non plus comme un esprit abstrait, vivant dans une atmosphère d’indifférence, mais comme un être épris de justice, convaincue d’enseigner la vérité, quelque hardie qu’elle parût à ces jeunes filles.