Là-bas, elle a interrogé les siens, regardant vivre leurs principes ou leurs instincts. Elle a vu que pour la plupart des hommes, cette morale si haute n’est même pas le préjugé du bien, qu’elle est faite, pour eux, de routine, d’effroi du scandale, d’hypocrisie surtout.
Vivre, c’est à chaque instant étouffer ou dissimuler sa nature ; c’est l’abstinence religieuse, c’est la correction, le « Kant » de province, c’est le mépris de tous pour l’intelligence qui s’affranchit.
Marguerite croit, à présent, que la vraie morale c’est la pleine expansion de la vie, et tout s’accorde en elle pour obéir à cette loi de nature, qui pousse les êtres d’élite vers la culture la plus intense de leur personnalité.
Telle sera désormais la règle de ses actions.
Arrivant en troisième année, les Sèvriennes apportent donc en elles des éléments nouveaux : ambition d’agir, curiosité morale, besoin impérieux d’appliquer directement aux faits leurs connaissances théoriques, et d’acquérir, par un effort de volonté, la marque d’un caractère personnel.
Parmi les cours, qui achèvent la transformation des Sèvriennes, le cours de droit, application pratique de la philosophie, est celui qui peut laisser sur leur caractère la plus forte empreinte.
Dans quel esprit ce cours est-il fait ?
Mme Jules Ferron, qui en est chargée, ne se préoccupe pas de l’érudition. Former des avocates ou des doctoresses, n’est point l’affaire de l’École. Mettre ses élèves en face des lois sociales, leur en expliquer la raison d’être, exiger d’elles une obéissance volontaire, mais réfléchie, voilà ce que doit être son cours.
En somme, dans cet enseignement du droit, tout se ramène à la culture absolue de l’esprit de justice.
Mme Jules Ferron veut que ces êtres libres, formés dans la solitude par une éducation virile, sachent respecter les lois, mais au besoin aient le courage de les transgresser, le jour où leur conscience ne sera plus d’accord avec les lois des hommes.