Les jeunes filles qui sont là, groupées autour de la chaire, sont les mêmes jeunes filles qui se quittèrent, il y a deux mois, après les examens de licence.
Les vacances ont passé, les laissant plus graves, plus conscientes de leur valeur, conscientes surtout de la mission qui les attend.
Quelques-unes ont souffert, l’amour-propre saigne encore : Adrienne Chantilly a perdu cette place de première, dont elle était si vaine. Berthe fut reçue dans un mauvais rang. Angèle Bléraud, Hortense Mignon ont été refusées.
Mais le succès a grandi leurs compagnes. Les nouvelles se les montrent, on les consulte, et la façon même, dont ces Messieurs accueillent leur avis à chaque leçon, affirme leur mérite.
Victoire Nollet exulte, elle est première, pendant un an elle sera le « cacique » de la « troisième année, » elle ira la première chez M. Legouff, elle représentera sa promotion auprès du ministre, s’il vient ! Berthe qui ne perd jamais l’occasion d’un bon mot, lui dit le soir même du résultat :
— Ma chère, voilà la première fois qu’au concours le jury couronne le bœuf maigre.
Victoire sourit, devenue soudain accommodante, et puis son travail ne fut-il pas celui du bœuf qui laboure !
Jeanne Viole a la résignation rageuse, elle est troisième ; elle songe à débloquer Marguerite Triel, qui est seconde. Sa jalousie a des coquetteries charmantes, elle va, vient, minaude, écoute, surprend, et prépare, comme une campagne, sa sortie de l’École ; au reste, du dernier bien avec tout le personnel, et Mme Jules Ferron.
Marguerite suit avec dédain la petitesse de ce manège. Dans ses grands yeux consumés, parfois une flamme révèle la mystérieuse transformation. Sa beauté s’est épanouie, non comme une fleur baignée de soleil, — la Lorely n’est-elle pas l’être du matin, qu’une vaporeuse lumière idéalise, — le calice est encore fermé, captif sous les pétales que la rosée entr’ouvre.
Depuis la mort de Charlotte, Marguerite s’est évadée de ses livres, avide de chercher, dans la vie elle-même, une loi qui gouverne ses actes.